Gaz de schiste | Respecter la réalité derrière la caricature

Jean-Pierre SCHAEKEN WILLEMAERS, président du pôle Énergie, climat et environnement de l’Institut Thomas More

14 septembre 2012


Le 22 août dernier, le Premier ministre indiquait que le débat sur le gaz non-conventionnel, et en particulier sur le gaz de schiste, n’« était pas tranché » et que le sujet sera discuté à l’occasion de la Conférence environnementale des 14 et 15 septembre. Après le recul de la précédente majorité et la loi du 13 juillet 2011 qui interdisait « l’exploration et l’exploitation des mines d’hydrocarbures liquides ou gazeux par fracturation hydraulique » et qui abrogeait les permis exclusifs de recherches accordés, l’exécutif français maintiendra-t-il cet arbitrage pusillanime ? Tiraillé entre l’ambition affichée d’un « redressement productif » du pays et le « chantage à la majorité » des Verts, la marge de manœuvre sera étroite. Après la valse-hésitation des annonces contradictoires de ces derniers jours, on se demande si un débat clair et serein sera possible sur un sujet passionnel et trop souvent caricaturé.

Mais sait-on de quoi on parle ? Jusqu’à présent, le volume réel des réserves françaises de gaz de schiste reste en effet inconnu. Les seules évaluations existantes, celles de l’agence américaine Energy Information Administration, se basent sur des données géologiques des sols et non sur des explorations ; ce qui rend leur fiabilité incertaine, comme les cas polonais et britannique l’ont récemment prouvé. Or de deux choses l’une : soit les réserves se chiffrent en dizaines d’années de consommation de gaz et sont exploitables de manière économique et durable et représentent donc un avantage compétitif et stratégique majeur ; soit ce n’est pas le cas et il ne sera peut-être ni utile, ni rentable de se lancer dans l’exploitation.

Mais il faut savoir ! Il est absurde d’interdire toute exploration, seul moyen de connaître la réalité de ces réserves, afin de permettre aux autorités politiques de décider de l’avenir de l’exploration des gisements de gaz de schiste et aux industriels d’investir en connaissance de cause. L’application du « principe de précaution » ne doit pas devenir un obscurantisme et il est irresponsable et coupable au regard du défi énergétique qui est devant nous de se refuser à connaître la réalité.

Tout comme il n’est pas fondé – et au final profondément régressif – de prétendre que les technologies employées pour l’extraction des gaz de schistes sont a priori néfastes pour l’environnement et susceptibles d’aucun progrès. C’est là marquer bien peu de confiance en l’homme… Car sur ce front, tout bouge et tout change rapidement. Sans entrer dans des détails trop techniques, il convient en effet de rappeler qu’aussi bien sur la technique de fracturation hydraulique elle-même que sur les besoins en eau et les composés chimiques qui y sont dilués, que sur le risque de pollution des nappes phréatiques et des sols, que sur le nombre et la surface des puits au sol, industriels et chercheurs avancent, progressent et trouvent des solutions nouvelles et moins intrusives pour l’environnement.

En Pologne et au Royaume-Uni par exemple, ces avancées sont discutées et font partie intégrantes du débat. En France, point ! Les adversaires du gaz de schiste se contentent de dire : « Tant que les technologies employées ne sont pas neutres pour l’environnement, c’est niet ! » Mais peut-on demander à des industriels d’investir dans la recherche si on leur interdit toute perspective d’exploitation ? Belle manière de ne jamais avancer… La bonne démarche serait d’autoriser l’exploration pour avoir une idée précise des réserves disponibles et, si les perspectives d’exploitation sont satisfaisantes, d’établir des règles environnementales élevées qui tiennent naturellement compte des expériences étrangères (aux Etats-Unis et au Canada en particulier) et des spécificités françaises (en matière d’espaces disponibles notamment).

Car les adversaires négligent aussi les retombées économiques éventuelles de la création d’une nouvelle filière industrielle, notamment en terme d’emplois. Ils leurs opposent les emplois à créer dans le secteur du renouvelable. Mais, outre que ce dernier point reste à prouver, cela relève d’une curieuse idée : certains emplois seraient acceptables et d’autres pas du tout ! Avec trois millions de chômeurs en France, cela est plus que discutable… Le président Obama en campagne a récemment rappelé que la filière gaz de schiste avait créé 600 000 emplois aux Etats-Unis en quinze ans. Comparaison n’est pas raison, mais cela doit faire réfléchir.

On le voit, sans prétendre que le gaz de schiste ne pose aucun problème ni aucune question, on est loin des prises de positions outrées de certains. C’est sur ces bases que la Conférence environnementale organisée par le gouvernement doit lancer le débat. Peut-on l’espérer ? Une partie de la crédibilité du gouvernement, chahuté depuis quelques temps, se jouera sur ce dossier.