Conséquences perverses de la politique du renouvelable intermittent

Jean-Pierre SCHAEKEN WILLEMAERS, Président du pôle Energie, Climat, Environnement de Institut Thomas More

6 avril 2013


L’UE s’est engagée à réduire, d’ici à 2050, les émissions de gaz à effet de serre de 80 à 95% en-dessous du niveau de 1990. C’est, en effet, le 15 décembre 2011, que la Commission européenne a adopté l’« Energy Roadmap 2050 ». La Commission y explore les défis posés par l’objectif de dé-carbonisation tout en assurant la sécurité d’approvisionnement et la compétitivité.

On ne peut que constater que cette politique européenne engendre des effets pervers qui, à la fois, nuisent au bien-être des européens et se traduisent par une recrudescence de la consommation de combustibles fossiles ce qui est un comble dans le cadre du « tout renouvelable ».

En ce qui concerne plus particulièrement la Wallonie, le citoyen doit non seulement subir les désagréments de parcs éoliens (nuisances visuelle et sonore, destruction de valeur des habitations des riverains etc) qui constituent une grande partie du renouvelable et qui seraient appelés à se multiplier avec une densification croissante, à une faible distance des limites des propriétés et avec un niveau de bruit en augmentation, etc. (voir le « Cadre éolien wallon » publié le 25 février 2013), mais, en outre, il lui faut payer un facture d’électricité qui ne fait que croître en raison d’un système de subventions inadéquat (voire illégal… car si la Cour de justice de l’Union européenne de Luxembourg, saisie par le Conseil d’Etat français, confirmait que le tarif d’achat accordé, en France, aux producteurs d’électricité éolienne est un aide d’Etat et qu’elle viole les règles du marché européen, le système de subventions belge aux énergies renouvelables pourrait également être déclaré illégal) et, en particulier, des certificats verts refacturés aux consommateurs.

Quant aux combustibles fossiles, ainsi que le rappelle Graham Lloyd dans la livraison de l’Australian du 28 avril 2012 : « durant la dernière décennie, près de 50% de la nouvelle demande électrique mondiale a été assurée à partir de charbon et de nombreux pays, y compris l’Inde, où 25% de la population n’a toujours pas accès à l’électricité, ont annoncé des plans pour accroître rapidement la construction de centrales thermiques brûlant du charbon. La ruée sur le charbon et le gaz a été accélérée par la crise de l’industrie nucléaire à la suite du désastre de Fukushima. »

Le cas de l’Allemagne est particulièrement significatif à cet égard. La politique énergétique allemande a pour but de transformer, à tout prix,  un système basé sur le nucléaire et les combustibles fossiles vers un système alternatif constitué d’énergies renouvelables, actuellement principalement  intermittentes. Cette stratégie est connue sous le nom d’« Energiewende ». Elle inclut une réduction des émissions de CO2 conformément à la feuille de route 2050 précitée, une diminution de la consommation d’énergie  de 60% et une part de 80% d’énergie à partir de sources renouvelables d’ici à 2050.

A la suite de ces dispositions et davantage encore après la fermeture des  centrale nucléaires allemandes, les prix de l’électricité ont fortement augmenté.

Selon Klaus Müller, CEO de la centrale des consommateurs Nordrhein-Westfalen, 10 à 15% des allemands ont des difficultés à payer leurs factures d’électricité. Ce qui était auparavant un phénomène marginal, est devenu une préoccupation journalière pour beaucoup. La Global Warming Policy Foundation rapporte que tous les ans 600 000 foyers allemands sont privés d’électricité  en raison de factures impayées.

En octobre 2012, les principaux opérateurs allemands de réseaux de transport d’électricité ont déclaré que, à la suite de la décision de fermer progressivement la production d’électricité nucléaire, la  taxe à payer par les consommateurs allemands pour financer le développement de l’énergie « verte » sera augmentée d’environ 50% en 2013 par rapport à 2012.

Le coût élevé du soutien  des énergies renouvelables ont poussé l’association des consommateurs d’énergie (Bund der Energieverbraucher), un groupe de pression représentant les petits consommateurs d’énergie, à déposer plainte contre la législation actuelle qui favorise de manière injuste les grands consommateurs industriels. L’UE prend cette affaire au sérieux : les autorités anti-trust enquêtent pour savoir si exempter les grands groupes industriels allemands de leur contribution au coût des  subventions aux énergies renouvelables, ne viole pas la législation européenne interdisant les aides d’état aux entreprises. Si la Commission conclut que la législation allemande enfreint les règles européennes, elle peut forcer le gouvernement allemand de changer la loi et d’exiger que les entreprises qui ont bénéficié de l’aide de l’Etat remboursent les avantages accordés. Si la thèse de la violation de la législation européenne était confirmée, l’Allemagne serait prise au piège de son allégeance à l’idéologie « verte » et aurait ébranlé sa propre prospérité.

La politique « verte » allemande et la fermeture progressive des centrales nucléaires ont conduit à une consommation croissante de charbon et de lignite,  bien meilleur marché que les énergies alternatives.

Par exemple, E.ON a produit 10% plus d’électricité à partir de charbon durant le premier semestre 2012 que durant la même période de l’année précédente (Bloomberg, Stefan Nicola et Tino Andersen, 20 août, 2012). De son côté, RWE a démarré, en 2012, une centrale au lignite à Gravenbroich-Neurath. Cette dernière, d’une puissance de 1100 MW, est la plus moderne de ce type dans le monde et est très flexible. C’est un exemple de plus de la contradiction propre à l’Europe entre dépendance par rapport aux énergies fossiles et politique de dé-carbonisation c’est-à-dire entre pragmatisme et idéologie.