La crise a refaçonné l’Europe et isolé la France

Gérard DUSSILLOL, Président du Pôle Finances publiques

Crise ukrainienne, guerre civile en Syrie, incertitudes persistantes dans le monde arabe, danger terroriste en Afrique, etc. : les élections européennes du 25 mai se préparent dans un contexte de tensions internationales fortes. Il y aurait là matière à d’urgents débats : comment peser réellement sur les affaires du monde et mieux garantir la sécurité des Européens ? Quels moyens institutionnels et financiers mettre en œuvre pour faire face à ces menaces ? L’Europe en effet, puissance économique malade et nain politique, manque cruellement aujourd’hui de substance pour répondre à ces défis.

Note d’actualité 22 | Mai 2014

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De fait, nous assistons à une campagne des plus ternes. Certains proposent des évolutions institutionnelles dont on mesure mal les finalités et moins encore le plan d’ensemble politique. D’autres, de gauche comme de droite, chargent l’Europe de tous nos maux économiques et sociaux et font assaut de propositions simplistes et illusoires. Derrière l’écran des arguments, technocratiques ou populistes, on ne voit pas combien la crise a remodelé l’Europe où hier encore la France jouait un rôle moteur.

L’Europe économique s’est, en un mot, « germanisée » : tous les pays sauf un, la France, se coulent aujourd’hui dans ce qu’on peut appeler le « modèle mercantiliste allemand » : forts excédents commerciaux et sérieux budgétaire. Mais si l’Allemagne n’a pas hésité à imposer, parfois brutalement, sa vision économique, elle ne peut ni ne veut assumer les conséquences politiques de cette hégémonie, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Union : il lui faut des partenaires. Et l’un des problèmes majeurs de cette Europe nouvelle vient de ce qu’elle ne peut plus compter sur une France affaiblie et décrédibilisée.

Retour sur deux années qui ont refaçonné l’Europe et isolé la France.