Quel avenir pour le gaz dans le mix électrique ?

Jean-Pierre SCHAEKEN WILLEMAERS, président du Pôle Énergie, Climat, Environnement de l’Institut Thomas More

L'Echo

23 novembre 2016


Les gisements de gaz non encore exploités, non découverts ou non évalués, ceux de l’Arctique ainsi que ceux en eau profonde, suggèrent que la production de gaz répondra à la consommation mondiale de celui-ci de nombreuses décennies au-delà de 2040.

Le gaz occupe une place de plus en plus importante dans le mix énergétique primaire, tant dans les pays de l’OCDE que dans ceux qui n’appartiennent pas à cette organisation.

C’est, en effet, le combustible fossile le moins polluant, relativement faible émetteur de gaz à effet de serre (GES) et dont les réserves sont abondantes et bien réparties dans le monde, surtout celles de gaz conventionnel. Les ressources de gaz non-conventionnel (principalement les gaz de roche mère et ceux piégés dans des roches peu poreuses appelés « tight gas ») sont abondantes en Amérique du Nord et dans une moindre mesure, au stade actuel de nos connaissances, en Asie (principalement en Chine).

Les réserves prouvées les plus grandes dans le monde se trouvent en Russie, en Iran et au Qatar. En outre, l’IFP (Institut français du pétrole) évalue les réserves en Arctique à plus de 25% des réserves mondiales de gaz conventionnel (surtout en zone économique exclusive russe).

La consommation mondiale de gaz est en croissance continue. Pour l’ensemble des pays de l’OCDE, le gaz dépasserait le pétrole comme combustible dominant dès 2031, avec une part de 31% de la consommation primaire d’énergie en 2035.

Par contre, en dehors de l’OCDE, le gaz n’occupe que la troisième place derrière le charbon et le pétrole avec une part de 24% de l’énergie primaire en 2035.

Production en hausse

La production mondiale de gaz continue d’augmenter quoiqu’à un rythme plus faible que précédemment. La plus large part de cette croissance est assurée par les pays non-OCDE. La contribution des pays de l’OCDE ne croît, elle, que grâce au gaz non-conventionnel, essentiellement américain.

Les gisements de gaz (conventionnel ou non-conventionnel) non encore exploités, non découverts ou non évalués (tels que les hydrates de méthane, par exemple), ceux de l’Arctique (dont plus de 60% sont en zone russe) ainsi que ceux en eau profonde devenus économiquement accessibles grâce aux progrès technologiques, suggèrent que la production de gaz répondra à la consommation mondiale de celui-ci de nombreuses décennies au-delà de 2040.

Toutefois, il ne s’agit pas uniquement de produire du gaz, encore faut-il être à même de le transporter vers les consommateurs pour assurer l’adéquation entre l’offre et la demande. L’absence de moyens de transport adéquats et sûrs peut fortement perturber le marché du gaz.

Le gaz peut être transporté soit sous forme gazeuse, par tuyau, soit sous forme liquide (GNL), par bateau. À l’échelle mondiale, le GNL est appelé à jouer un rôle croissant. Les disponibilités de GNL proviendront principalement des Etats-Unis, de l’Australie et du Qatar.

Un certain nombre de facteurs ont un impact sur l’équilibre entre l’offre et la demande.

D’abord, le prix. L’industrie productrice américaine de gaz pourra-t-elle s’accommoder encore longtemps des bas prix actuels? Au fur et à mesure que les « sweet spots » s’épuisent, ils seront remplacés par l’exploitation de gisements moins accessibles et moins riches ce qui augmentera les coûts. Toutefois, les prix du gaz américain devraient rester inférieurs à ceux de la concurrence même si l’impact du GNL estompera quelque peu les écarts.

La technologie est un autre paramètre important. Elle permet, par exemple, d’éviter de forer des puits inutiles dans des zones de basse productivité ou de rentabiliser un gisement par refracturation (plutôt que de forer de nouveaux puits), c’est-à-dire de fracturer les zones qui ont échappé à la première fracturation ou qui n’ont pas été complètement fracturées. Halliburton et Schlumberger sont en train de mettre au point les techniques d’identification et les appareils requis à cet effet.

Les groupes de pression opposés aux combustibles fossiles de manière générale ou à la fracturation hydraulique en ce qui concerne les gaz de roche mère, ainsi que l’indisponibilité de moyens de transport constituent d’autres facteurs de nature à perturber le marché du gaz.

Quoi qu’il en soit, le gaz naturel (conventionnel et non-conventionnel) alimentera encore durant de nombreuses décennies des centrales électriques dans le monde et en Europe et ce malgré les théories défendues par le Giec et la COP21.