Pour une laïcité ouverte… à notre identité

Charles BEIGBEDER, président de Gravitation Group, conseiller municipal dans le 8e arrondissement de Paris et membre du Conseil d’orientation de l’Institut Thomas More

            

10 janvier 2018


Les apôtres du laïcisme détestent que l’on affuble la laïcité d’un qualificatif : ils ont en horreur que l’on parle de laïcité ouverte, apaisée, constructive ou positive. Cela sous-entend qu’il pourrait exister une autre laïcité qui serait sectaire, intolérante, fermée et négative, ce qu’ils refusent de considérer car pour eux, la laïcité est un dogme fondamental quasi-religieux et non une pratique politique qui régit le fonctionnement des pouvoirs publics. Elle est une idéologie qui doit être inculquée à toute la société, notamment grâce à l’école, et non un ensemble de règles se limitant à l’État. Pour eux, la religion doit être cantonnée à la sphère de la vie privée ; toute dimension publique du fait religieux est suspecte d’être anti-laïque. Ainsi étaient Chirac, Hollande, Royal, Peillon et toute une partie de la classe politique, majoritairement à gauche mais pas uniquement.

Le précédent du Latran

On se rappelle que Nicolas Sarkozy avait rompu ce tabou en décembre 2007 dans un discours prononcé au Latran à l’occasion de la réception de son titre de chanoine d’honneur.

Il y avait célébré les racines chrétiennes de la France là où quelques années plus tôt, Chirac avait refusé leur inscription dans le projet de constitution européenne, finalement rejeté par le peuple français. Il avait reconnu que la mise en œuvre de la loi de 1905 n’avait pas toujours été faite dans un esprit de concorde et d’apaisement et qu’elle avait causé de grandes « souffrances » aux catholiques. Sarkozy avait re-légitimé les religions dans leur contribution au bien commun de la société et enfin, il avait eu cette phrase qui avait failli faire s’étrangler Jean-Luc Mélenchon : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le curé ou le pasteur, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance ».

La laïcité positive, c’est reparti ?

En adressant ses vœux aux représentants des communautés religieuses, le 4 janvier dernier, Emmanuel Macron n’est certes pas allé aussi loin que Nicolas Sarkozy mais il s’inscrit beaucoup plus dans la laïcité positive de l’ancien président que dans celle de son prédécesseur direct. Déjà, au mois de décembre dernier, il avait dénoncé une « radicalisation de la laïcité » sans préciser le fond de sa pensée à ce sujet. Ses vœux laissent encore subsister des zones d’ombre mais on y découvre petit à petit la vision du président qui s’oppose fondamentalement à toute laïcité de combat. « Je ne souhaite pas qu’une religion d’État soit substituée de cette manière aux religions », affirme-t-il, évoquant une laïcité intransigeante qui voudrait cantonner le fait religieux dans l’espace privé. On lit entre les lignes une mise en cause de Vincent Peillon qui évoquait sa « foi républicaine » et voulait l’inscrire au frontispice de notre Constitution, telle une religion d’État : « La laïcité organiserait ainsi une sorte de vide métaphysique » poursuit le président, elle « se ferait alors forte de venir elle-même peupler cette zone neutre et d’incarner une sorte de foi républicaine forgée par des valeurs, des traditions érigées à leur tour en croyance universelle sur le modèle lointain du culte de l’Être suprême des Jacobins. D’aucuns y rêvent encore mais ce culte-là a fait long feu ». Ainsi, « la République ne demande à personne d’oublier sa foi » y compris dans l’espace public, pourvu de ne pas se soustraire aux lois de la République.

« L’État est laïque, la société ne l’est pas »

Je ne peux que saluer ce retour en force d’une laïcité apaisée, définie comme la neutralité des pouvoirs publics et non celle de l’espace public, contrairement à ce qu’a affirmé Manuel Valls hier matin sur Europe 1.

« L’État est laïque, la société ne l’est pas » poursuit Emmanuel Macron, dans une formule qui rappelle celle naguère lancée par le général de Gaulle : « Si l’État est laïque, la France est chrétienne ». Oui, il est utopique et contraire à la dimension religieuse de l’homme de vouloir restreindre l’expression du fait religieux à l’espace privé et de vouloir laïciser totalement l’espace public, en y ôtant tout signe religieux, que ce soient des crèches de Noël ou des statues de saints. Non, la religion n’est pas qu’une simple opinion comme l’affirmait la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen de 1789 ; elle est aussi un fait social qui doit pouvoir s’exprimer publiquement dans le respect du bien commun, comme le souligne l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme de 1948.

Oui à l’islam comme religion, pas comme civilisation

Une question demeure cependant et là réside la limite du discours du président Macron. Aujourd’hui, il y a une seule religion en France dont certains fidèles, heureusement minoritaires, restent étrangers à notre laïcité qu’ils considèrent comme une apostasie. Il y a une religion où la frontière entre le temporel et le spirituel n’existe pas clairement, où la notion de soumission remplace celle d’adhésion libre de l’intelligence et de la volonté, et où la violence peut devenir un moyen de conquête et de prosélytisme. Certes, Emmanuel Macron a raison de ne pas amalgamer tous les musulmans dans les errements de quelques-uns d’entre eux ; cependant, il est à regretter que le discours du président ne précise pas que si l’islam comme religion doit bénéficier de la liberté religieuse dans le respect du bien commun, l’islam comme civilisation ne pourra jamais régir notre société par l’imposition d’une charia que nous combattons vivement. Ne pas voir cette dimension profondément civilisationnelle de l’islam et les menaces que certains de ses adeptes font peser sur notre identité témoigne d’un certain aveuglement et sur ce point, on ne peut que donner raison à Manuel Valls.

Oui à une laïcité ouverte… mais pas dans le sens d’une ouverture à tous les vents ; on irait droit vers un abandon de notre culture et de notre art de vivre. Oui à une laïcité ouverte au fait religieux dans le respect du bien commun ! Oui à une laïcité ouverte avant tout à notre identité que nous devons chérir et aimer charnellement !