Financement du terrorisme | Que faut-il attendre du sommet « No money for terror » de Paris ?

Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’Institut Thomas More

          

25 avril 2018


Ces 25 et 26 avril, Paris accueille une conférence internationale sur le financement du terrorisme. L’initiative s’inscrit dans une politique d’ensemble, avec plusieurs facettes. Ladite conférence a été annoncée par Emmanuel Macron le 29 août 2017, lors du traditionnel discours prononcé devant l’ensemble des ambassadeurs. De retour des Etats-Unis, il en clôturera les travaux.

D’une manière générale, la France est engagée dans une vaste lutte contre le djihadisme, au-delà des champs de bataille sur lesquels les armées françaises sont engagées, à savoir les théâtres syro-irakien et sahélo-saharien. Si l’expression de « guerre contre le terrorisme » n’est guère employée, c’est bien d’un conflit global dont il s’agit, le combat devant être mené dans ses différentes dimensions, sur le territoire national comme à l’étranger.

Ainsi, une partie du combat contre le terrorisme se joue dans l’espace anisotrope de la finance. Le traçage des capitaux, l’identification des donneurs et l’échange d’informations entre alliés sont autant de leviers d’action. Beaucoup a été fait, certes, mais instruments et marchés financiers demeurent vulnérables. Une coopération renforcée et lucide doit viser l’asphyxie des sources de financement du djihadisme global. Hautement complexe, cette guerre de l’ombre est essentielle.

Besoin d’alliés solides

Pour autant, la haute technicité de ces questions et leur caractère abstrait ne sauraient occulter la géopolitique tourmentée du golfe Arabo-Persique. Avec qui y combattons-nous le terrorisme et le djihadisme ? Les Occidentaux ont besoin de têtes de pont et d’alliés solides sur place, dans le domaine de la finance comme sur le théâtre des affrontements armés.

Sous la direction de Mohammed Ben Zayed, les Emirats arabes unis (EAU) ont de longue date choisi de se porter à la pointe du combat. L’étroite coopération financière avec ses alliés occidentaux tend à le prouver. Dès les années 1990, Abu Dhabi a mis en place des unités spéciales destinées à enquêter sur les flux financiers suspects. Plus récemment, un accord bilatéral avec les États-Unis a établi une « task force » conjointe vouée à la lutte contre le financement du terrorisme. L’inscription de ces mesures dans un cadre multilatéral apporterait davantage au dispositif d’ensemble.

Dans le sillage des EAU, Mohammed Ben Salman affirme vouloir amplifier les efforts fournis par le royaume d’Arabie Saoudite. Diverses mesures financières ont déjà été prises. A plus long terme, les réformes promues sont d’une importance cruciale pour la modernisation du pays et l’endiguement de l’islamisme dans l’ensemble du Moyen-Orient. Vaille que vaille, le prince héritier semble être prêt à faire évoluer les choses : l’accompagnement vigilant mais volontaire des diplomaties occidentales s’impose donc.

Un exemple illustre le rôle tenu par le duo Mohammed Ben Zayed-Mohammed Ben Salman dans l’effort produit par la communauté internationale : Les Émirats arabes unis et l’Arabie Saoudite sont parmi les principaux contributeurs du G5-Sahel. Impulsée par la France, cette coopération militaire régionale sera aux avant-postes de la guerre contre les groupes djihadistes dont la montée en puissance déstabiliserait le Maghreb au nord, l’Afrique subsaharienne au sud.

Blocus contre le Qatar

En conflit avec ses voisins, le Qatar cherche lui aussi à se présenter comme un acteur de la lutte contre le terrorisme, d’autant plus qu’il accueille l’antenne régionale du CENTCOM (le commandement américain pour le Moyen-Orient). Diverses zones d’ombre et porosités, notamment les faramineuses rançons versées à des groupes djihadistes, suscitent des réserves internationales, voire la suspicion de ses voisins. Ces derniers ont organisé un blocus toujours en vigueur. Certes, le Qatar a récemment publié une liste d’individus et d’organisations qui feront désormais l’objet de sanctions, liste qui recoupe en partie celle qu’Emiriens et Saoudiens avaient publiée au début du blocus. Mais beaucoup reste à faire pour lever les équivoques.

Le djihadisme global et l’expansionnisme irano-chiite ont placé le Moyen-Orient au bord d’une conflagration générale. Dans un tel contexte, l’unité et de la cohésion du Conseil de coopération du Golfe constituent un élément d’équilibre. Ses membres représentent autant de points d’ancrage à partir desquels les puissances occidentales peuvent développer leurs stratégies moyen-orientales. Si une telle structure se délitait, il serait plus difficile de garder ouvertes les portes d’entrée de la région, en vue d’y combattre les différentes formes de djihadisme.

Dans le cadre de la conférence de Paris comme dans ses prolongements, la France a donc un rôle spécifique à tenir. Engagée de longue date auprès de ses partenaires du golfe Arabo-Persique, sa diplomatie doit travailler à réduire la ligne de fracture entre les régimes arabes sunnites, tout en réclamant d’eux plus d’engagements et davantage de transparence. Apporter des réponses à la crise qu’ils traversent serait une contribution utile à la lutte contre le terrorisme et le djihadisme.