G7 au Québec • Un G7 moins 1 ?

Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’Institut Thomas More

       

11 juin 2018 •


Saisissant effet de miroir ce week-end : d’un côté le G7 occidental en pleine convulsions, de l’autre le sommet asiatique de l’OCS organisé par la Chine qui se transforme et prend de l’ampleur. S’il y a rééquilibrage des relations internationales, est-il encore négociable ?

« Décevant et un peu déprimant », a déclaré Angela Merkel après le retrait de Donald Trump du communiqué final du G7 : ce retrait qui passe pour un nouveau rejet du multilatéralisme semble faire vaciller les anciennes alliances. Justin Trudeau dénonce dans les taxes américaines une « insulte » au « plus vieil allié » des Etats-Unis. Pour le commerce, comme pour le climat, et la Russie qu’il propose de réintégrer dans le G7, Donald Trump joue une restauration américaine contre l’ordre établi par ses prédécesseurs – fût-il le consensus Washington ou l’ordre « occidental ».

Le contraste entre ce « G6+1 » ou « G7 – 1 » est d’autant plus frappant qu’au même moment en Chine le sommet de l’OCS s’affichait comme une démonstration d’unité et modèle de multilatéralisme. Lorsque Donald Trump surprenait de nouveau ses partenaires d’un tweet rageur, l’OCS se payait le luxe d’intégrer deux nouveaux membres antagonistes : l’Inde et le Pakistan. Vladimir Poutine n’a pas manqué l’occasion de saluer face au « babillage inventif » du G7, la « vraie coopération » d’un forum au départ sécuritaire, qui se veut aujourd’hui un contre-modèle : nouveau garant du multilatéralisme et de la stabilité mondiale. Ce nouveau G8 asiatique a ses limites mais il a fait du maintien de l’accord sur le nucléaire iranien un consensus : ce sera un premier test de son influence et de sa cohésion.

« America First » ou « Esprit de Shanghai » comme l’appel le Global Times, ce rééquilibrage en cours a été énoncé explicitement ces dernières années par certaines puissances, la Russie, la Chine ; il participe à la fois d’une certaine rhétorique et d’une réalité stratégique. Si les Européens sont pris de court et affaiblis, quels équilibres sont encore négociables ?