Nigéria, les défis d’une puissance fragile mais incontournable

David Vigneron, secrétaire général du Réseau de réflexion stratégique sur la Sécurité au Sahel (2r3s, Paris) et chercheur associé au GRIP (Bruxelles)

Janvier 2019 • Note d’actualité 54 •

                                                                                                                                                                                                       


Géant de l’Afrique, puissance sous-régionale fragile mais au potentiel important, le Nigéria se prépare à élire son prochain président. Le scrutin du 16 février opposera le président sortant Muhammadu Buhari à l’ancien vice-président Atiku Abubakar. Les défis qui attendent le vainqueur sont considérables : poursuivre la politique de lutte contre la corruption déjà engagée, réduire la dépendance du pays au secteur pétrolier, dynamiser les secteurs énergétique, agricole et minier, consolider les efforts dans l’éducation mais aussi renforcer la lutte contre Boko Haram et avancer sur le front de l’intégration régionale. Des objectifs ambitieux qui réclament de la stabilité dans un pays qu’on présente souvent comme « too big to fail ».

A l’approche des élections présidentielles du 16 février 2019, le Nigéria se trouve à un tournant. La convocation du corps électoral va déterminer les orientations politiques que prendra le pays pour les années qui arrivent. À l’heure actuelle, l’élection semble prendre la forme d’un duel entre le président sortant, Muhammadu Buhari du Congrès des Progressistes (APC) et l’ancien vice-président (1999-2007), Atiku Abubakar du Parti Démocratique du Peuple (PDP), principale formation d’opposition. Tous les deux étant perçus comme des hommes rompus aux joutes politiques, la perspective d’un renouvellement générationnel est renvoyée à 2023.

Pour autant, le scrutin qui se profile est décisif. Par son poids démographique, les ressources dont il dispose, son positionnement au carrefour des menaces et des instabilités géopolitiques, le Nigéria constitue une sorte d’hégémon sous-régional fragile mais incontournable. Quel que soit le président élu, ce statut lui crée des obligations majeures : d’abord vis-à-vis de son peuple mais aussi sur la scène internationale.

Or, du potentiel, le pays en possède. On l’a dit, le Nigéria est une puissance démographique : avec 190 millions d’habitants, le territoire possède une force de travail en très grand nombre. Le sous-sol du pays regorge de ressources encore inexploitées. Malgré ces deux aspects positifs, le pays est victime d’une sorte de « malédiction des ressources naturelles ». La découverte et l’exploitation d’immenses réserves pétrolières dans les années 1960 ont créé une dépendance économique forte vis-à-vis de la rente et dessiné une gouvernance caractérisée par l’accaparement des richesses par une minorité d’individus. Lutter contre ces dérives et encourager la diversification économique étaient les piliers du programme de Buhari en 2015.

Le régime commercial du pays est devenu au fur et à mesure très protectionniste, et ceci, dans le but de stimuler les capacités industrielles et agricoles domestiques. Cette doctrine économique a accentué une sorte de prise de distance du Nigéria avec les autres pays de la région. Le président Buhari a cherché à développer des coopérations alternatives aux pays occidentaux, notamment avec la Chine.

Par ailleurs, la résolution des nombreux conflits, et tout particulièrement celui contre Boko Haram, est devenue une priorité car, bien qu’exacerbés en période électorale, ils ont un impact réel sur l’économie. Paradoxalement, et au-delà de ses résultats en demi-teinte, l’effet positif de la lutte anti-terroriste est qu’elle a produit un renforcement des coopérations régionales en matière sécuritaire. Le Nigéria, que l’on considère souvent comme « too big to fail », est donc aujourd’hui une puissance sous-régionale fragile en phase timide de regain.

Quels sont les défis qui attendent le président qui l’emportera en février ?