Aux européennes, une liste promeut le communautarisme musulman

Sophie de Peyret, chercheur associé à l’Institut Thomas More

          

13 mai 2019 •


Il y a seulement quinze jours, le président Macron déclarait que la laïcité consistait à « n’être jamais ennuyé par ce que l’on croit mais de ne jamais imposer à la société sa religion. » Il poursuivait en pointant du doigt ceux « qui au nom d’une religion poursuivent un projet politique, celui d’un islam politique qui veut faire sécession avec notre République ». Mais en même temps, voilà que le 9 mai dernier, le ministère de l’Intérieur, après avis du Conseil d’Etat, valide la candidature d’une liste musulmane, en dépit des irrégularités constatées au moment du dépôt.

C’est d’ailleurs ce rebondissement qui a permis à ce mouvement de jouir d’une exposition médiatique inespérée. Sans lui, la candidature de la liste « Une Europe au service des Peuples » (Union des Démocrates Musulmans Français) serait passée aussi inaperçue que celle de toutes les autres petites formations. Mais grâce à une erreur de néophyte providentielle dans les documents (défaut de signature et de mention manuscrite) et un recours en référé, l’UDMF a pu bénéficier d’une publication rectificative au Journal Officiel et des projecteurs de la presse.

Ce type de recours est prévu par l’article 12 de la loi du 7 juillet 1977. C’est donc en toute légalité que la France s’apprête à cautionner la kyrielle des revendications communautaires de l’UDMF. Mais, légal ne signifie pas nécessairement souhaitable : alors que l’Europe cherche une unité et un nouveau souffle, il semble en effet particulièrement malvenu d’attiser les particularismes et de fragmenter encore davantage des populations qui peinent déjà tant à trouver un diapason commun.

En quoi cette candidature se révèle-t-elle inopportune ? Tout d’abord parce qu’il s’agit bel et bien d’une liste communautaire. Bien que les candidats s’en défendent en indiquant être « de confession musulmane, mais  des citoyens à part entière, et pas des citoyens à part », ce discours ne tient plus dès lors que les objectifs développés dans le programme servent uniquement les intérêts des musulmans : « assurer la sécurité des communautés musulmanes européennes », « combattre l’islamophobie sur le sol européen », « dissoudre toutes associations ou groupements islamophobes »… Sans compter les propositions qui visent à organiser une Europe de la défense capable de venir en aide aux musulmans Ouïghours, Rohingyas, Gazaouis ou Yéménites à l’exclusion d’autres populations, ou de la volonté affichée d’interdire la recherche scientifique ou historico-critique sur l’islam.

Inopportune surtout parce qu’il s’agit bel et bien d’islam politique. En effet, comment appeler une liste de musulmans qui font de la politique pour les musulmans si ce n’est un instrument au service de l’islam politique, celui-là même que le président Macron dénonçait dans sa conférence de presse ? Les diverses propositions portées par le président-fondateur et tête de liste de l’UDMF, Nagib Azergui, vont d’ailleurs dans ce sens. A en croire son programme, l’unique discrimination infligée aux femmes relève des écarts salariaux. Des inégalités engendrées par le port du voile, il n’en est rien. De la même manière, seuls les musulmans sont victimes d’actes de malveillance. Les actes antisémites ou antichrétiens n’existent pas. Enfin, marchant dans les pas de l’idéologie des Frères Musulmans, il souhaite que l’Europe impose aux Etats membres le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales, manière habile de promouvoir plus largement la progression des revendications communautaires en leur permettant de s’imposer encore davantage dans le processus démocratique.

D’aucuns brandiront comme argument l’existence de partis chrétiens qui ne suscitent pas tant d’émotions. Mais les tentatives de comparaison entre démocrates chrétiens et démocrates musulmans sont nulles et non avenues. Alors que les premiers promeuvent « un projet politique fondé sur la place première de l’Homme en toute chose » (statuts du PCD, par exemple), les seconds défendent un programme qui « porte plus spécifiquement sur la place des musulmans au sein de la société » (Farid Azibi, porte-parole de l’UDMF). Alors que l’un s’inspire des valeurs chrétiennes au bénéfice de tous, l’autre consacre ses efforts à la défense des musulmans au détriment de l’ensemble.

A l’heure où elle joue son avenir, l’Europe et les Etats qui la composent seraient bien inspirés de ne pas s’engager dans le bourbier des revendications communautaires. La France n’est pas la seule concernée. Nos voisins belges se sont risqués à l’expérience et le regrètent amèrement. Tandis qu’en 2012, le parti « Intégrité, Solidarité, Liberté, Authenticité, Moralité » (Islam) indiquait vouloir seulement défendre une meilleure intégration des musulmans, il fait aujourd’hui la promotion de la Sharia. En même temps, Nagib Azergui, lui, déclare sans sourciller que « la création de l’UDMF fut […] sa réponse à l’instrumentalisation récurrente de l’islam pour distraire le peuple des vrais débats nationaux. » Mais au final, qui instrumentalise qui ?