Économie • Grande panne d’idées à droite

Sébastien Laye, chercheur associé à l’Institut Thomas More

       

25 octobre 2019 •


Christian Jacob a dévoilé cette semaine le nouvel organigramme des Républicains. La droite dispose-t-elle encore d’un « logiciel » économique cohérent ? Quelles idées économiques pourraient aider la droite à construire une alternative crédible et solide ? Interview avec Sébastien Laye, chercheur associé à l’Institut Thomas More.

 

 

Christian Jacob a présenté son équipe pour la direction de LR. Une des questions principales qui se pose est celle de la ligne économique de cette équipe, qui reste pour le moins floue. La droite a-t-elle encore un « logiciel » économique cohérent ?

Depuis longtemps – à l’exception de l’épisode Fillon qui a tenté un renouveau tchatchérien, peu susceptible de prendre prise en France au-delà des milieux économiques, mais allié à un conservatisme puissant et populaire –, le logiciel économique de la droite est celui de la technocratie française énarchique : une vague acceptation de l’ordre des choses de la mondialisation et une pratique de la réforme par cliquets, progressive, qui explique notre retard sur les autres pays qui sont souvent passés par de véritable révolution économique. Cette pensée très timorée (qu’on a retrouvé dans le juppéisme) n’était pas très différente de la pensée économique de la seconde gauche, d’où la jonction opérée par Macron entre ces deux mondes : réformisme social-libéral bon teint et progressisme libertaire. La droite a depuis longtemps perdu les racines de sa pensée économique, qui puisaient aux trois droites (orléaniste, bonapartiste et conservatrice), au profit d’un consensus technocratique aligné sur les préconisations du FMI et de Bruxelles. L’esprit gaullien d’un Jacques Rueff a été jeté aux orties depuis deux décennies au moins. A ce sujet, l’alternance étant une donnée démocratique, la droite est encore plus responsable que la gauche de l’échec de notre pays, en refusant de s’assumer comme « droite » au niveau de la pensée économique.

Pourquoi les personnalités de droite sont-elles aujourd’hui, ou semblent-elle, dépassées par les questions économiques ?

Pour une raison ontologique et une raison politicienne. Ontologiquement, aucun des leaders actuels de la droite ne vient du monde de l’entreprise ou de l’initiative privée. Regardez les candidats au poste de président du parti ou les putatifs présidentiables : ils ne brillent pas par un vrai parcours dans le monde du privé… D’un point de vue politique, d’aucuns ont considéré que les jeux étaient faits, que Macron allait réformer la France, que les résultats économiques et sociaux seraient au rendez-vous et que, donc, il fallait uniquement se positionner sur les questions régaliennes ou de société, voire dépasser Macron par sa gauche en économie. Or le miracle n’a pas eu lieu et les Français attendront en 2022 qu’on leur explique pourquoi la France n’a pas obtenu les résultats économiques escomptés et quelles sont les solutions différentes de celles que préconisent Bruxelles et Macron. Il y a je crois, une grande paresse intellectuelle chez de nombreux leaders de la droite qui est irrémédiable.

Certain ont pu faire remarquer que, pour un parti censé représenté une pensée libérale, la nomination de Guillaume Peltier comme numéro deux, lui qui a déjà fustigé le capitalisme financier, était troublante. La droite a-t-elle renoncé au libéralisme économique ?

La droite devrait être fidèle aux valeurs du libéralisme classique, tocquevillien, qui concevait la liberté dans un cadre politique (la nation), un cadre juridique (l’Etat de droit) et un cadre culturel (l’anthropologie occidentale). Elle doit renoncer à la dérive néo-libérale qui a fait de l’idéologie de la mondialisation et de la société liquide (Zygmut Bauman) l’alpha et l’omega des politiques économiques progressistes. Qu’elle cesse de se regarder le nombril et scrute le reste du monde : les partis de droite populaire de par le monde sont pro entreprises, créent un climat des affaires beaucoup plus favorables qu’en France, tout en restaurant la souveraineté économique de leurs pays et en freinant le libre échangisme. Les libre-échangistes et les étatistes sont à gauche désormais sur le spectre des idées politiques et, à ce titre, Macron est de gauche comme Trudeau ou Hillary Clinton peuvent l’être.

De quelles idées économiques la droite pourrait-elle s’inspirer pour construire une alternative crédible et solide ?

Relire Friedrich List et surtout Andrew Jackson est primordial pour comprendre l’articulation entre liberté et souveraineté économique. Par ailleurs, libérer les énergies d’un pays ne signifie pas renoncer à l’investissement public ou au contrôle de sa monnaie : à cet égard, les nouvelles théories monétaires comme la MMT offrent des pistes de réflexion pour un discours moins « laissez-faire » sur ce sujet. On peut et on doit baisser les impôts, les charges et les régulations contraignantes tout en réhabilitant l’investissement public productif et en capitalisant sur une vraie monnaie souveraine (l’euro, qui n’est pas à remettre en cause, mais dont le système monétaire doit redevenir celui de nations souveraines avec une monnaie souveraine).