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Public finances : what are « equitable measures »?

By Gérard DUSSILLOL, chairman of the Working Group Finance of the Thomas More Institute. Article published in "La Tribune" (France) of June 9th, 2010, available in French.

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> Global Issues - on 23/10/2009

The Obama Administration and the Missile Defense

By Jean-Sylvestre MONGRENIER, associate Fellow at the Thomas More Institute and Fellow at the Institut Français de Géopolitique (Paris VIII Vincennes-Saint-Denis University). Published in partnership with "Fenêtre sur l'Europe". Available in French only.

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Initialement, l’Administration Bush avait prévu de déployer des systèmes antimissiles de longue portée en Europe centrale (10 intercepteurs en Pologne et un super-radar en République tchèque), parties intégrantes de Missile Défense destinée à protéger le territoire américain des frappes que des puissances balistico-nucléaires émergentes (Iran) pourraient lui infliger. La composante européenne de la Missile Défense ne protégeant que partiellement les Alliés, un dispositif propre à l’OTAN avait été prévu afin de couvrir les flancs sud de l’espace euro-atlantique (Europe du Sud-Est, Turquie). Le 17 septembre 2009, le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a fait savoir que l’Administration Obama renonçait à déployer les systèmes prévus en Pologne et en République tchèque, remplacés par un dispositif « plus fort, plus intelligent et plus rapide » (1).

Officiellement, cette décision découlerait d’une analyse affinée de la menace iranienne, l’état d’avancement des missiles balistiques à longue portée brandis par Téhéran ne relevant pas de systèmes aussi puissants. Voire. La décision a en tout cas semé le trouble dans les capitales d’Europe centrale et orientale. En butte à l’hostilité du Kremlin, les ex-satellites de l’URSS cherchent à renforcer l’engagement militaire américain en Centre-Europe.

> VERS UNE DÉFENSE ANTIMISSILE « NEW LOOK »

C’est à juste titre, semble-t-il, que les commentateurs ont interprété cette annonce comme un recul américain devant les virulentes protestations russes contre la composante européenne de la Missile Defense (2). Au vrai, il ne s’agit pas d’un pur et simple renoncement de la part des États-Unis. L’initiative de Barack Obama s’inscrit dans une manœuvre diplomatico-stratégique qui vise le ralliement de Moscou à une politique de sanctions contre le régime iranien qui, pas à pas, s’approche du seuil nucléaire. A l’instar des moutons de Panurge, nombre d’éditorialistes ont loué la clairvoyance et le courage de Barack Obama, l’homme de la rupture avec le « bushisme » tant honni. Annoncée avant même l’élection présidentielle de novembre 2008, une ère nouvelle de l’histoire des relations internationales serait enfin ouverte. Là où le « Noble Octuple Sentier » du Bouddha et la « Bonne nouvelle » prêchée par le Christ auraient échoué à éradiquer le phénomène guerrier, les bonnes intentions du nouveau président américain seraient en mesure de métamorphoser les relations entre unités politiques rivales. De manière irrépressible, l’on songe au grand écrivain catholique anglais, G. K. Chesterton: « Quand les hommes cessent de croire en Dieu, ils ne cessent pas de croire. Ils croient en n’importe quoi ». Certes, le panurgisme des commentateurs ne préjuge en rien des qualités et défauts de Barack Obama mais il appert que ce dernier a usé et abusé de ce travers humain.

Un mois après l’annonce du 17 septembre 2009, hâtivement interprétée par ceux qui voudraient y voir une forme de désarmement unilatéral, Joseph Biden a confirmé que les États-Unis ne renonceraient pas à installer des systèmes antimissiles – à courte et moyenne portée toutefois – en Pologne et en République tchèque. D’ici 2011, des missiles SM-3 seraient déployés dans un premier temps en Méditerranée (sur des navires), au contact de l’arc de crises et de prolifération qui jouxte l’Europe sur ses flancs sud et sud-est. Entre 2015 et 2018, certains de ces missiles SM-3 seraient ensuite implantés en Europe centrale. De surcroît, Washington honorerait l’accord signé par George W. Bush avec Varsovie en 2008 et, dès l’an prochain, des missiles Patriot pourraient être déployés sur le territoire polonais. Les gouvernements polonais, tchèque et roumain d’abord, l’ensemble des ministres de la défense de l’OTAN ensuite (Bratislava, 22-23 octobre 2009), ont fait connaître leur intérêt pour cette nouvelle version de la Missile Defense, complétée par la vente de missiles Patriot à la Turquie (3).

Si les faits suivent, le couplage stratégique euro-américain et l’indivisibilité de la sécurité transatlantique seraient durablement réaffirmés, au grand dam des « challengers » périphériques. Dans leur confrontation latente avec les puissances émergentes qui entendent remettre en cause l’hégémonie occidentale, les Alliés bénéficieraient ainsi de nouvelles options stratégiques. Face à la Russie, la présence de systèmes d’armes américains en Centre-Europe donnerait plus de corps à la clause d’assistance mutuelle du traité de l’Atlantique-Nord (article V) et consoliderait dans la durée l’extension des frontières de la liberté et du marché à l’Est. Quant à savoir si cette défense antimissile « new look » serait véritablement mutualisée au sein de l’OTAN, cela dépendra des moyens que les alliés européens seront prêts à mettre sur la table. L’involution des dépenses militaires européennes, sur fond de récession et de déficits budgétaires, ne va pas dans le sens du « partage du fardeau » (« burden-sharing ») et, corrélativement, de la redistribution des responsabilités entre les deux rives de l’Atlantique (4). Ce n’est pas là une simple question de conjoncture économique et donc de patience ; en période de croissance, il est avéré que la tendance générale n’est guère plus favorable et, dans bien des pays européens, l’administration du « bonheur national brut » a pris le pas sur la volonté de se maintenir dans le champ du politique, en tant que puissance. C’est à l’aune des capacités et des budgets militaires que l’on jauge des intentions.

> UN INCERTAIN MARCHANDAGE RUSSO-AMÉRICAIN

Dans un premier mouvement, la décision américaine de réviser à la baisse le « projet Bush » a été saluée par les dirigeants russes qui ont voulu voir dans cette annonce, aboutissement de leurs pressions multiformes, une victoire diplomatique (5). Nonobstant les difficultés techniques de la chose, la voie d’un accord nucléaire stratégique bilatéral semble résolument ouverte. La perspective d’un tel accord entre dans la vision d’un désarmement nucléaire général mais le plus important réside dans le traitement de la crise nucléaire iranienne. Quelques jours avant l’Assemblée générale de l’ONU à New-York (septembre 2009), Barack Obama a cherché à dissocier la Russie de l’Iran, ces deux puissances entretenant un étroit partenariat stratégique, y compris sur le plan du nucléaire (6). L’objectif est de rallier Moscou à des sanctions internationales renforcées contre le régime iranien et d’obtenir que la Russie n’honore pas le contrat de livraison des S-300, des systèmes anti-aériens de pointe susceptibles d’entraver le bon déroulement d’un raid aérien américain, ou israélien, sur les sites nucléaires iraniens. Dans le cadre de l’OTAN, les Occidentaux envoient aussi un certain nombre de signaux à la Russie, laissant à penser que bien des portes lui seraient ouvertes si elle se désolidarisait de l’Iran.

Dans un premier temps, la réaction de Dmitri Medvedev a été de se féliciter de la décision américaine, son premier ministre, Vladimir Poutine, restant plus en retrait. Devant des experts internationaux réunis au sein du Club de Valdaï, Dmitri Medvedev a vaguement évoqué la possible levée du veto russe contre une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, résolution assortie de sanctions renforcées. Toutefois, l’hypothèse est abordée dans le registre de la méditation mezzo voce – « Des sanctions, pourquoi pas ? Elles peuvent parfois s’avérer efficaces » – et la suite des événements a montré les limites de l’exercice. Le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a d’emblée exclu cette perspective et le voyage en Russie d’Hillary Clinton, son homologue américain, du14 au 16 octobre 2009, s’est achevé par une visite du Tatarstan et un éloge obligé du multiculturalisme « made in Russia ». La discussion des sanctions contre le régime iranien et le jeu conjugué des pressions russes et américaines sur Téhéran sont remis sine die (7).

Vaille que vaille, l’axe diplomatico-énergétique russo-iranien perdure et les spéculations occidentales sur les inflexions de Moscou tiennent plus du test de Rorschach que de l’analyse raisonnée (8). Sur le marché des armes et du nucléaire comme dans les représentations géopolitiques eurasiennes qui ont cours en Russie, l’Iran est un pays clef et un quasi-allié de Moscou ; on imagine difficilement le Kremlin sacrifier ce partenariat sur l’autel des bonnes relations avec les puissances occidentales. Les gouvernants actuels des États-Unis et ceux de certains pays membres de l’OTAN partagent le préjugé selon lequel les dirigeants russes souhaiteraient rehausser leurs relations avec l’Occident. Sommes-nous seulement sûrs de la chose ? La répétition d’énoncés performatifs ne vaut pas démonstration.

De surcroît, la réévaluation à la baisse de la menace iranienne qui, selon les dires de Washington, justifierait la reconfiguration du dispositif antimissile vient contredire sur le plan diplomatique la volonté américaine de refouler les ambitions balistico-nucléaires de Téhéran. Il est désormais aisé pour la diplomatie russe de se reporter aux affirmations des officiels américains pour nier le danger et refuser de mettre en œuvre une politique efficace de sanctions. De même, si Téhéran acceptait effectivement le projet d’accord mis au point à Genève, le 21 octobre dernier, pour clore cette crise nucléaire, nous ne serions pas sortis d’affaire. Rappelons les termes de cet accord, unanimement célébré comme une percée diplomatique bien que la partie iranienne ait fait part de ses réticences et laisse en suspens sa réponse. L’idée est de faire sortir d’Iran la production d’uranium faiblement enrichi (à un taux suffisant pour la production d’énergie électrique) pour procéder à un enrichissement plus important (à des fins médicales), dans le cadre d’une filière internationale que les Etats-Unis, la France et la Russie superviseraient. L’uranium enrichi serait sous contrôle international ce qui permettrait tout à la fois de satisfaire les ambitions civiles de l’Iran et d’endiguer ses ambitions militaires. A bien y regarder, cette solution – certes satisfaisante pour les hommes épris de raison et de mesure – est à double tranchant.

> LES MANOEUVRES DILATOIRES DE TÉHÉRAN

D’une part, la difficile mise en œuvre de ce plan ouvrirait à Téhéran maintes possibilités de tactiques dilatoires et de contournement, avec pour objectif de gagner du temps et d’atteindre le seuil du nucléaire militaire : dès lors, le régime serait en mesure de développer une stratégie de « sanctuarisation agressive » et de travailler à la déstabilisation des positions occidentales au sein du Grand Moyen-Orient. D’autre part, la Russie pourrait prendre prétexte de la « bonne volonté » iranienne pour décider de livrer les S-300 nécessaires à la protection aérienne des installations nucléaires civiles (dont la centrale de Bouchehr, construite par les Russes sur les rives du golfe Arabo-Persique). Confrontés à la mauvaise foi du régime iranien, les Occidentaux éprouveraient plus de difficulté encore à brandir l’option militaire. Enfin, il faut se demander si les services américains ne sous-estiment pas les capacités balistiques iraniennes. Les essais succèdent aux essais et le régime iranien a d’ores et déjà prouvé que ses ingénieurs spatiaux étaient capables de mettre sur orbite un satellite, ce qui implique la possession de lanceurs lourds (9). Dès lors, peut-on véritablement affirmer que l’Iran, d’ici 2015, ne maîtrisera pas les technologies balistiques de longue portée ? Le « projet Bush » avait pour mérite de préempter une telle menace (le « projet Obama » ne serait pas en mesure d’intercepter des missiles intercontinentaux avant 2018).

Au total, il serait excessif de voir dans la remise en cause du « projet Bush » une capitulation en rase campagne, susceptible de déclencher un effet-domino au sein de l’OTAN et des alliances occidentales. Dans sa présentation actuelle, la version « Obama » de la défense antimissile constituerait une protection effective de l’Europe contre les menaces des puissances proliférantes et le droit légitime de l’OTAN de déployer de tels systèmes sur les territoires des alliés centre-est européens est réaffirmé. Nul doute à cet égard que la diplomatie russe ne monte à nouveau en ligne contre ce « new look » stratégique (le mouvement est déjà amorcé par diverses « petites phrases »). Vue de Moscou et d’autres capitales peu sensibles aux thématiques émollientes de la « Post-Modernité » et du New Age, il est à craindre que cette initiative américaine ne soit interprétée comme un signe de faiblesse et de déclin.

En effet, la diplomatie ne repose pas seulement sur des considérations d’ordre technique, des formules rationnelles et des modèles de décision issus de la théorie des jeux. Signes et symboles pèsent lourd dans la dimension immatérielle des rapports de puissances et leur manipulation conditionne en partie l’issue de l’épreuve des forces. Par ailleurs, il semble que l’Administration Obama, toute à sa tentative de restaurer l’art de la manœuvre sur le plan diplomatique, sous-estime la volonté de puissance tant de l’Iran que de la Russie, volonté amplifiée par l’esprit de revanche et que prolonge dans l’ordre international leur pouvoir de nuisance. En l’état actuel des choses, l’étroit partenariat Moscou-Téhéran demeure indissoluble et la Chine, hostile à de nouvelles sanctions (et plus encore à un scénario militaire), est en embuscade. Telle est la réalité du « monde multipolaire harmonieux » et du nouvel ordre de la Terre. Le dénouement de cette crise reposera donc, en tout premier lieu, sur les solidarités politiques et stratégiques qui lient les Occidentaux de l’Ancien Monde à ceux du Nouveau Monde.

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(1) Voir Annexe 1, « Chronologie 2001-2009 : l’OTAN et les systèmes antimissiles » (dans le document à télécharger ci-dessous).

(2) Une dizaine d’intercepteurs ne constituant en rien une menace sur l’arsenal nucléaire stratégique russe, il faut peut-être voir dans cette hostilité le refus de toute forme d’engagement militaire américain dans d’ex-satellites, de tels marqueurs géopolitiques rendant plus improbable un retour de la domination russe dans l’espace centre-européen. Par ailleurs, rappelons que le continent européen comprend déjà des systèmes anti-missiles, déployés par la Russie dès les années 1960, modernisés depuis. Sur cette question, voir Michel Guénec, « La Russie et les défenses antimissiles », Institut Thomas More, 24 février 2009, disponible sur www.institut-thomas-more.org.

(3) Cf. Piotr Zalewski, “Missile Defence: A View from Turkey”, CEPS-Commentary, 12 October 2009. Le projet de vente de ces systèmes d’armes a été confirmé par les Etats-Unis, le 9 septembre 2009. Artisan d’une diplomatie multivectorielle, le ministre des Affaires étrangères de Turquie, Ahmet Davutoglu, a déclaré que cette acquisition n’avait « rien à voir avec l’Iran ou tout autre pays ». On reste dubitatif et il faut s’interroger sur le degré de cohérence de la politique étrangère turque, potentiellement écartelée entre l’alliance occidentale, son partenariat stratégique avec la Russie et le repositionnement « néo-ottoman » dans la région. Le rapprochement avec la Syrie et l’Iran en vient à menacer les étroits accords militaires passés dans les années 1990 avec Israël (voir l’annulation de manœuvres communes dans la première quinzaine d’octobre). Sur les relations entre la Turquie et la Russie, voir Gülden Ayman, « Turkey courts Russia on Energy », Institut Thomas More, 8 septembre 2009, disponible sur www.institut-thomas-more.org.

(4) Voir ci-après Annexe 2, « L’OTAN comme instance de coordination des efforts européens » (dans le document à télécharger ci-dessous).

(5) Voir ci-après Annexe 3, « La Russie contre des systèmes antimissiles européens » (dans le document à télécharger ci-dessous).

(6) Voir ci-après Annexe 4, « Missile Defense et partenariat géopolitique russo-iranien » (dans le document à télécharger ci-dessous).

(7) Pendant ce temps, Vladimir Poutine était à Pékin pour signer divers contrats énergétiques (et autres), affichant ainsi de manière ostentatoire la qualité de la relation sino-russe.

(8) Sur les relations Moscou-Téhéran, voir Jean-Sylvestre Mongrenier, « L’axe géopolitique russo-iranien », Middle East Pact, 2 juillet 2009, disponible sur www.mep-online.org.

(9) Le 3 février 2009, l’agence iranienne Irna a annoncé la mise sur orbite du satellite Omid (« Espoir ») au moyen de la fusée Safir-2 (« Ambassadeur »). Dès lors, l’Iran se pose en nouvelle puissance spatiale du Moyen-Orient, avec Israël. Ce lancement spatial atteste de la capacité iranienne à construire des missiles balistiques de longue portée (le lanceur Safir est une version améliorée du Taeopodong nord-coréen). Dans les jours qui ont précédé la reprise des négociations avec l’Iran (réunion de Genève, 1er octobre 2009), Téhéran a effectué plusieurs tirs de missiles de diverses portées.

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