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Public finances : what are « equitable measures »?

By Gérard DUSSILLOL, chairman of the Working Group Finance of the Thomas More Institute. Article published in "La Tribune" (France) of June 9th, 2010, available in French.

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> Global Issues - on 03/02/2010

Geopolitical Stakes of the Ukrainian Presidential Election

By Jean-Sylvestre MONGRENIER, Associate Fellow at the Thomas More Institute, Fellow at the Institut Français de Géopolitique (Paris VIII Vincennes-Saint-Denis University), author of "La Russie menace-t-elle l'Occident ?" (Choiseul, Paris, 2009). Published in partnership with "Fenêtre sur l'Europe". Available in French only.

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L’élection présidentielle ukrainienne se déroule dans un pays mis à mal par les difficultés économiques et les blocages politiques des dernières années. Inhérentes à la nature humaine, tant individuelle que collective, et donc au jeu politique de toute nation, les inévitables querelles de pouvoir entre les chefs de la « révolution orange » et l’énergie qu’elles ont mobilisée n’ont pu être mises au service du bien commun en raison notamment des incertitudes quant à la forme du régime (régime parlementaire ou régime présidentiel ?). Les clivages internes à l’Ukraine – entre le centre et l’ouest du pays d’une part, en phase avec le nouvel ordre des choses, et les régions russophones de l’ouest et du sud d’autre part – n’ont pas facilité le rassemblement des forces, cette situation ethnico-linguistique se reportant au plan politico-partisan. Du moins la forte croissance économique, tirée par une forte demande mondiale en acier, permettait-elle à la population de passer outre les blocages politiques et d’ouvrir le champ des possibles, quand bien même les Etats ouest-européens, membres de l’Union européenne et de l’OTAN, ne manifestaient guère d’entrain à ouvrir à l’Ukraine les portes des instances euro-atlantiques. Las. L’Ukraine a été frappée de plein fouet par la crise économique mondiale et le PIB a reculé de quelque 15% depuis l’automne 2008. La monnaie nationale a perdu la moitié de sa valeur et le chômage frappe le cinquième de la population active.

Dans ce difficile contexte, on ne peut que louer la grande ouverture du jeu politique ukrainien, en dépit du regrettable exemple de verrouillage intérieur que donne le Kremlin. Au premier tour de l’élection présidentielle, le 17 janvier 2010, ils étaient dix-huit candidats à s’affronter. Comme prévu, le président sortant - Viktor Iouchtchenko - a été sorti, les 5% de voix qu’il a pu glaner ne le classant qu’au cinquième rang des candidats (les sondages lui promettaient moins encore). Le 7 février prochain, le second tour opposera donc le premier ministre en titre, Ioulia Timochenko, associée-rivale de Viktor Iouchtchenko, au chef du Parti des Régions, Viktor Ianoukovitch, le candidat malheureux de l’élection présidentielle de 2004, lourdement et maladroitement appuyé par Vladimir Poutine (l’Exécutif russe est, cette fois-ci, plus discret mais suit attentivement le cours des événements). Ce dernier a pu faire le plein des voix des régions russophones et rassembler 35% des suffrages, ce qui le place dix points devant le premier ministre. Toutefois, Ioulia Timochenko disposerait d’importantes réserves dans les voix qui se sont portées au premier tour sur les cinq candidats qualifiés de « réformateur », soit environ 28% des suffrages. Bref, rien n’est encore joué et le second tour pourrait être serré.

Entre compatissance et pro-russisme

Vu de France, les rares commentaires officiels de la situation politico-économique ukrainienne oscillent bien souvent entre une vague compatissance empreinte d’hypocrisie - on n’a guère travaillé à mieux insérer l’Ukraine dans le réseau des relations transatlantiques – et neutralité bienveillante envers le candidat pro-russe du Parti des Régions. Tout à leurs calculs prétendument « réalistes » (le « réel » est souvent réduit à de sordides calculs qui occultent l’essentiel), d’aucuns estiment qu’une Russie ayant rétabli en partie son contrôle sur l’Ukraine serait « rassurée » et plus encline à une franche coopération avec les Occidentaux sur les questions qui dominent la conjoncture géopolitique internationale (Iran et Afghanistan). Peu leur chaut que la Russie n’ait en rien répondu de manière concrète à la diplomatie de la main tendue pratiquée par l’administration Obama ; il faudrait aller encore plus loin en ce sens, quitte à vendre des systèmes d’armes de pointe à ce pays de manière à renforcer les évolutions positives que l’on escompte. On songe bien sûr au projet de vente d’un Mistral, bâtiment de projection et de commandement destiné à des opérations amphibies et à la guerre en réseau, projet en parfaite contradiction avec l’engagement de l’UE et de l’OTAN auprès d’une Géorgie souveraine dans les limites internationalement reconnues (si l’on suivait la dialectique perverse pratiquée par les partisans de cette vente, vendre des armes à la Chine serait une contribution à la cause tibétaine !).

A rebours de cette pseudo-neutralité à l’endroit d’un pays plus vaste que la France et d’une nation qui participe pleinement de l’œkoumène européen, il faut souligner le fait que l’un et l’autre candidat à la présidence de l’Ukraine ne sont pas interchangeables. En situation de « challenger », Ioula Timochenko n’est certainement pas réductible au statut d’égérie de la « révolution orange » et à sa belle natte blonde. En position de pouvoir, elle a manifesté la volonté de lutter contre la corruption endémique et de démanteler les interfaces politico-mafieuses entre les exportateurs russes de gaz naturel et leurs clients ukrainiens (on songe à la société RosUkrEnergo, mise en place en 2004 sur la base d’un accord entre Leonid Koutchma, le président ukrainien de l’époque, et Vladimir Poutine). Soucieuse de mieux ordonner les relations avec la Russie voisine, sur la base d’un accord global entre Etats souverains, le premier ministre entend associer plus étroitement le destin de l’Ukraine à celui des « sociétés ouvertes » de l’ensemble euro-atlantique, en donnant un contenu plus substantiel à l’accord d’association entre son pays et l’UE.

L’autre candidat à la présidence présente un tout autre profil. Fils d’un mineur du Donbass (berceau du stakhanovisme et bastion de l’« humanisme prolétaroïde »), Viktor Ianoukovitch est un ancien chauffeur de poids lourd à la carrure massive dont la personnalité est l’expression politique de l’« Ostalgie » post-soviétique (il pousse toutefois la coquetterie jusqu’à se teindre les cheveux). En Ukraine, certains assurent que l’homme a eu maille à partir avec la justice soviétique mais pour des raisons tout autres que des faits de dissidence politique ; l’information est difficile à recouper et peut-être est-elle imputable à la méchanceté des gens. Toutefois, ses accointances avec Akhmetov, considéré comme un chef mafieux plus ou moins recyclé dans des formes civilisées de « business », sont attestées et l’on ne peut non plus oublier les fraudes électorales de la précédente élection présidentielle (2004). Si Viktor Ianoukovitch était porté à la présidence, en l’absence de majorité parlementaire (de précédentes tentatives de rapprochement avec la formation d’ioula Timochenko ont échoué à trois reprises), de nouvelles élections législatives seraient organisées d’ici le mois de mai (simultanément à un scrutin local). Dans le cas d’une hypothétique double victoire, à l’élection présidentielle puis aux législatives, l’homme ne tarderait pas à importer une forme de « démocratie dirigée », celle-là même dont les idéologues du Kremlin vantent les mérites.

L’« Ostalgie » de Viktor Ianoukovitch et ses prolongements

Attachés à une forme politique fondée sur le respect des libertés individuelles, nonobstant les imperfections et les pathologies que toute organisation humaine recèle, les « bons Européens » ne sauraient d’autant moins se désintéresser du sort de l’Ukraine qu’une semblable orientation aurait d’inévitables retombées sur le plan international. Ainsi Viktor Ianoukovitch s’est-il déclaré partisan d’une reconnaissance de l’indépendance des territoires géorgiens d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud alors même que la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko et l’ensemble des pays de la CEI s’y refusent. L’un des premiers actes d’une hypothétique présidence de Ianoukovitch pourrait donc être de rejoindre les maigres rangs du Nicaragua néo-sandiniste et de l’archipel de Nauru, à rebours du droit des gens et des principes qui prévalent dans l’ensemble euro-atlantique. Faut-il rappeler le contenu du plan de paix Medvedev-Sarkozy et le déploiement d’observateurs européens sur les lignes de front de la guerre russo-géorgienne d’août 2008 ? Quels contrecoups un tel positionnement pourrait-il entraîner dans le Caucase du Sud et dans l’aire post-soviétique, voire même sur les frontières de l’Ukraine ? Un certain nombre de dirigeants politiques et militaires russes laissent à penser, par leurs propos, que les limites internationales de l’Ukraine ne seraient pas inscrites dans le marbre, la péninsule de Crimée et le port de Sébastopol relevant « naturellement » de l’aire russe (Viktor Ianoukovitch n’a pas désavoué les séparatistes de Crimée). Dans l’immédiat, on imagine difficilement le candidat du Parti des Régions ne pas renouveler à la Russie la location de la base navale de Sébastopol (signé en 1997, ce bail expire en 2017 et l’actuelle présidence ukrainienne a demandé le départ à cette date des bâtiments russes).

En dernière instance, il s’agit de savoir où vont les préférences et les intérêts bien compris des nations de l’ensemble euro-atlantique. La perspective d’une direction politique ukrainienne se livrant avec entrain au nouvel autoritarisme patrimonial porté par le Kremlin (l’autonomisation de Dmitri Medvedev et la promesse du nouveau cours qu’il pourrait donner à la Russie ne sont que des hypothèses d’école), l’inclination de Viktor Ianoukovitch en faveur du « marché commun eurasiatique » et de l’OTSC (un semblant d’ « OTAN » russo-asiatique) et le dessin de nouvelles lignes de partage sur le plan idéologique dans l’Est européen sont-ils souhaitables et conformes à l’élargissement des frontières de la liberté ? L’Ukraine serait-elle vouée à redevenir le « fantôme de l’Europe » ? Les réponses s’imposent d’elles-mêmes. Il ne saurait être question de négocier les limites d’une zone d’influence russe dans l’hinterland européen et eurasiatique de l’ensemble euro-asiatique et, au prétexte de respecter une « grande nation », de traiter les peuples et nations centre-est-européens (« Europe byzantine » incluse) comme de simples objets. Cela va sans dire mais irait mieux en le disant depuis les capitales d’Europe de l’Ouest.

Certes, nous n’en sommes pas là. Les Ukrainiens ont précédemment administré la preuve de leur vitalité et de leur capacité à déjouer les plans des « mécaniciens du pouvoir ». La vie intellectuelle et civique de ce pays est active, au contraire de la Russie, et l’on peut penser que des menées excessivement pro-russes déboucheraient rapidement sur une nouvelle crise politique interne, bousculant par ricochet la diplomatie de la main tendue que l’on cherche à conduire au sein des instances euro-atlantiques (mais aussi en marge de ces instances) vis-à-vis de la Russie. L’Histoire et la politique, tout aussi bien la stratégie, sont fréquemment sujettes à de tels retournements de situation. A tous égards donc, il nous faut souhaiter la victoire des forces politiques qui sont en faveur d’une Ukraine pleinement partie prenante de l’Europe une et entière. L’Etat ukrainien n’est-il pas le lointain héritier de cette Rus médiévale dont on aime à évoquer le souvenir, lorsqu’on en appelle aux racines européennes de la Russie ? Dans une large mesure, la destinée de l’Ukraine conditionnera le devenir de la « Russie-Eurasie » et son éventuelle orientation vers l’Europe.

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