Géohistoire de l’Arménie | Un modèle de persévérance dans l’être

Jean-Sylvestre MONGRENIER, chercheur associé à l’Institut Thomas More

Avril 2015

Passée la commémoration du premier génocide du XXe siècle, l’Arménie ne doit pas être oubliée. Outre sa situation géopolitique dans une zone névralgique, cette « petite nation » est un modèle de persévérance dans l’être. L’Arménie doit inspirer les anciennes nations occidentales.


C’est à raison que le centenaire du génocide arménien aura largement occupé les esprits ces derniers jours. Sitôt les commémorations achevées, il est à craindre que cette nation aux racines longues-vivantes disparaisse de nos préoccupations. La chose serait regrettable. D’une part, l’histoire des Arméniens s’enracine dans la longue durée, et elle constitue un modèle de persévérance dans l’être. D’autre part, l’État arménien est situé dans une zone sensible, le Caucase, à la croisée de l’Orient et de l’Occident. Nonobstant le projet eurasien de Vladimir Poutine, la situation géopolitique n’est pas figée et elle requiert une diplomatie occidentale active.

Le plus ancien État chrétien au monde

Si l’Arménie actuelle, issue de la dislocation de l’URSS, est un jeune État, l’histoire de la nation arménienne relève de la longue durée. Peuple de langue indo-européenne, les Arméniens envahissent l’est de l’Asie mineure et détruisent le royaume d’Ourartou, une formation politique de langue caucasique centrée sur le lac de Van (600 av. J.-C.) Dans les siècles qui suivent, l’histoire arménienne alterne des périodes d’affirmation, avec la constitution de royaumes aux limites variables, et des périodes de sujétion aux puissances qui dominent la région (Mèdes, Perses, Romains, Byzantins, Arabes, Ottoman, Russes). Nous sommes là dans des espaces historiquement dominés par divers empires dont les traces sont toujours là.

Au IIIe siècle ap. J.-C., l’Arménie est progressivement convertie au christianisme, confession ensuite érigée par le roi arsacide Tiridate IV en religion officielle, sous l’influence du prêtre parthe Grigor, le futur saint Grégoire (1). Ainsi l’Arménie est-elle le plus ancien État chrétien au monde, et ce fait historique détermine en profondeur les représentations géopolitiques nationales, l’Arménie faisant figure de citadelle chrétienne isolée dans une région hostile. De fait, elle doit faire face au Ve siècle à une tentative d’imposition du mazdéisme qui suscite une insurrection et conduit les Perses Sassanides à reconnaître aux Arméniens leur liberté religieuse (484) (2). Au VIIe siècle, ils passent sous la domination arabo-musulmane. Malgré les répressions sanglantes qui suivent révoltes et insurrections, l’Arménie chrétienne parvient à conserver son autonomie religieuse puis à se libérer.

Du IXe au XIe siècle, la dynastie des Bagratides règne sur un royaume qui s’étend de la région de Kars au fleuve Araxe. Plus au sud, une autre entité arménienne a pris forme, le royaume de Vaspourakan, avec pour centre de gravité le lac de Van. A l’ouest de l’Euphrate, l’« Arménie mineure » reste sous contrôle byzantin. Rétrospectivement, cette période est vue comme un âge d’or. L’autorité spirituelle du catholicos pallie les insuffisances de certains souverains, et la relative stabilité politique permet un essor tout à la fois économique et culturel. Au cours de cette période, il est à noter que plusieurs empereurs d’origine arménienne règnent à Byzance.

L’irruption des peuples turcs et mongols détruit cet ensemble politique arménien et provoque une émigration à l’origine d’un phénomène de diaspora, en Anatolie et dans l’ensemble du bassin méditerranéen (3). Toutefois, un autre royaume arménien est fondé en Cilicie, au XIIIe siècle, avec l’appui des croisés et de la noblesse franque. En 1375, le royaume arméno-cilicien s’effondre sous les coups des Mamelouks d’Egypte mais la région conservera l’appellation de « Petite Arménie » (4) (les Arméniens y demeurent en nombre conséquent, jusqu’au génocide de 1915 et à l’épuration ethnique). Réfugié à Edesse puis à Sis (au nord d’Adana), le catholicos reconnaît un temps la primauté de Rome mais la disparition du royaume arméno-cilicien met fin à cette relation (5).

La longue domination turco-ottomane

Au XVIe siècle, les territoires peuplés d’Arméniens sont partagés entre les Perses Séfévides et les Turcs Ottomans. La majeure partie des Arméniens vit dans l’Empire ottoman au sein duquel ils constituent un « millet », c’est-à-dire une communauté de langue et de religion reconnue par le pouvoir ottoman. S’ils forment des communautés actives à Constantinople et dans l’ouest de l’Anatolie, les Arméniens se concentrent dans la partie orientale de l’Empire ottoman et en Cilicie (voir plus haut). Une certaine distance s’affirme entre la diaspora d’Anatolie occidentale et du bassin méditerranéen, enrichie par le commerce de la soie ou très active dans l’artisanat, et la paysannerie qui demeure sur les terres historiquement arméniennes (6).

Au nord de l’Araxe, les territoires sous domination perse sont conquis par le Tsar au début du XIXe siècle, à la suite de guerres et de traités (voir le traité de Turkmentchaï, 1828). Distincte de l’« Arménie ottomane », une « Arménie russe » se constitue et l’arrivée d’Arméniens originaires d’Anatolie et de Perse renforce son poids démographique (50 000 Arméniens de Perse et 100 000 Arméniens d’Anatolie, après les traités de Turkmentchaï et d’Andrinople, signés en 1828 et 1829). Tout au long du XIXe siècle, le flux est continu. Avec la guerre russo-ottomane de 1877-1878, l’« Arménie russe » s’agrandit de Kars, Ardahan et Batoum.

Le nationalisme arménien et la revendication d’un État-nation se développent, portés par des organisations révolutionnaires nées dans la diaspora : le parti Hentchak, fondé à Genève (1887) ; le parti Dachnak, fondé à Tbilissi, alors dénommée Tiflis (1890). Les Ottomans y voient une menace pour la sécurité de leur frontière orientale et c’est dans un climat insurrectionnel que les Arméniens de l’Empire ottoman sont victimes de massacres, en Anatolie orientale (1894 et 1896), à Constantinople (1896) et à Adana (1909). La prise du pouvoir par les Jeunes Turcs a bien suscité l’espoir d’une autonomie arménienne au sein de l’Empire ottoman mais les idées pantouraniennes et panislamiques l’emportent sur le libéralisme décentralisateur (7).

Au cours de la Première Guerre mondiale, alors que l’armée ottomane affronte les Russes sur le front du Caucase, le gouvernement Jeune-Turc décide la déportation et le massacre d’une large partie de la population arménienne (8). Ces faits historiques sont désormais considérés comme un génocide, une qualification qui suscite l’hostilité d’Ankara depuis la fondation de la République turque (1923). Malgré la dislocation de l’Empire ottoman et le traité de Sèvres (10 août 1920), le soulèvement national turc conduit par Mustafa Kemal contrarie le projet d’État-nation arménien et le traité de Lausanne entérine le nouveau rapport des forces. Il laisse la totalité de l’Asie mineure à la Turquie (24 juillet 1923), aux dépens du projet d’État arménien et de celui d’une autonomie kurde.

Les destinées de l’« Arménie russe »

En « Arménie russe », la révolution de 1917 et l’effondrement du tsarisme ont bien suscité des espoirs d’indépendance mais le soutien des Alliés aux nationalismes arménien, géorgien et azéri n’a pu empêcher la reconquête par les Bolchéviks de la Transcaucasie (1920). Une République socialiste soviétique d’Arménie est proclamée. Dans le cadre de la politique stalinienne des nationalités, le Haut-Karabakh, majoritairement peuplé d’Arméniens, est attribué à la République socialiste soviétique d’Azerbaïdjan (1923), une décision grosse d’effets à long terme (9). Malgré la répression, le nationalisme arménien persiste pendant la période soviétique. Ainsi faut-il se remémorer l’importante manifestation organisée à Erevan, en 1965, pour le cinquantenaire du génocide. Ce nationalisme larvé n’empêche pas Moscou d’utiliser les services de nombreux Arméniens dans sa diplomatie et de jouer sur des relais à l’intérieur de la diaspora.

La question du Haut-Karabakh resurgit sous Gorbatchev, la perestroïka et la glasnost (1985-1991) s’accompagnant d’une montée en puissance des revendications nationales dans toute l’URSS (10). La demande de rattachement du Haut-Karabakh à l’Arménie soviétique, les tensions avec l’Azerbaïdjan et les pogroms anti-arméniens (Soumgaït, 28-29 février 1988 ; Bakou, 13-20 janvier 1990) débouchent sur un conflit armé (1988-1994), les deux républiques fédératives d’URSS accédant à l’indépendance dans l’intervalle (1991). Au cours de cette guerre, les troupes arméniennes prennent le contrôle du Haut-Karabakh et du corridor de Latchin, ce qui assure la continuité avec l’Arménie désormais souveraine.

Par solidarité avec la « république-sœur » d’Azerbaïdjan, qui met en avant le principe d’intégrité territoriale et exige le retour des réfugiés azéris dans le Haut-Karabakh, le gouvernement turc a fermé la frontière avec l’Arménie (1994). Depuis, les ouvertures politiques du gouvernement AKP (Parti pour la Justice et le Développement/Recep T. Erdogan), la « diplomatie du ballon rond » (2008) et le vague projet turc d’un pacte caucasien n’ont pu aboutir, les relations turco-azéries l’emportant sur d’autres considérations (11). De ce fait, Ankara et Erevan n’ont toujours pas instauré de relations diplomatiques. Le conflit autour du Haut-Karabakh demeure, le Groupe de Minsk institué par l’OSCE est impuissant, et Bakou utilise ses ressources pétrogazières pour financer son effort militaire ce qui inquiète Erevan au plus haut point (l’Arménie ne dispose pas des mêmes facilités financières).

Soumise à un sévère blocus, l’Arménie dépend en quasi-totalité des approvisionnements énergétiques russes, qu’il s’agisse de gaz ou d’électricité, et le conflit avec l’Azerbaïdjan l’a exclue des grandes manœuvres autour des pipelines. Séparée de la Russie par la Géorgie à travers laquelle passe le gaz russe destiné à sa consommation, l’Arménie a cherché de nouvelles sources d’approvisionnement du côté de l’Iran. L’idée d’un gazoduc irano-arménien a pris corps et ces deux pays partenaires ont un temps envisagé de le prolonger, via la Géorgie, vers la mer Noire. Pour éviter que le gaz iranien ne vienne un jour concurrencer les exportations russes en Europe, Gazprom s’est assuré le contrôle de ce gazoduc moyennant des prix préférentiels sur ses livraisons à Erevan (2006).

Face à la montée en puissance de l’Azerbaïdjan, la sécurité militaire de l’Arménie dépend aussi de la Russie, cette dernière disposant d’une base à Gyumri, dans le Nord-Ouest de l’Arménie, où 4000 soldats russes sont stationnés. Membre de l’OTSC (Organisation du traité de sécurité collective), l’Arménie a signé avec la Russie un traité d’amitié, de coopération et de soutien mutuel (1997). En conséquence et bien qu’engagé dans des relations actives avec l’UE le gouvernement arménien s’est détourné du Partenariat oriental ; il n’a pas signé l’accord d’association et de libre échange proposé lors du sommet de Vilnius (28-29 novembre 2013). A contrario et sur les vives incitations de la diplomatie russe, Erevan a fait connaître sa volonté d’intégrer l’Union eurasienne, le projet directeur du troisième mandat présidentiel de Vladimir Poutine (ladite Union a été fondée en janvier 2015).

En conclusion

Ainsi l’Arménie est-elle à la fois une alliée de la Russie, tributaire de la bonne volonté de Moscou sur bien des plans, et un pays ouvert sur l’Occident, via une active et nombreuse diaspora, avec d’importants relais en France et aux États-Unis(12). A certains égards, elle occupe une place hors de mesure avec sa superficie et sa population (29 743 km², 3,262 millions d’habitants). La situation est compliquée par le durcissement des relations russo-occidentales d’une part, l’importance de l’Azerbaïdjan en regard de la sécurité énergétique européenne d’autre part. Pourtant, la complexité ne doit pas être l’alibi de la démission, et il faut espérer que la présence d’officiels européens à Erevan, le 24 avril 2015, signifie aussi la volonté de jouer un rôle significatif dans une zone névralgique dont on ne saurait se désintéresser (le prochain sommet de Riga sur le Partenariat oriental, les 21-22 mai 2015, sera un test).

Aussi et surtout, les enjeux sont métapolitiques et symboliques. Il y a le nécessaire hommage à la vérité historique : le génocide arménien est le prototype des génocides de la première moitié du XXe siècle. Conservons à l’esprit les ravages psychiques provoqués par le refoulement du passé, plus encore par la négation des grandes tragédies historiques. Sur les plans individuel et collectif, les courants souterrains du psychisme finissent par faire surface selon la séquence crime-refoulement-retour du refoulé. Enfin, les Arméniens sont le type même d’un peuple-mémoire qui a su traverser les siècles et surmonter les épreuves les plus dures. En l’occurrence, le retour au passé a des vertus régénératrices et il inspire un nouveau commencement. Puisse ce modèle de « petite nation » être source d’inspiration pour d’anciennes nations occidentales lasses de l’Histoire et tentées par le repli sur d’illusoires pré-carrés.

Notes

(1) Né en Arménie, en 257, saint Grégoire l’Illuminateur grandit à Césarée (Cappadoce). Jeté en prison par Tiridate IV qui voulait restaurer les cultes païens, il reste de longues années dans ce que l’hagiographie a nommé « la fosse de saint Grégoire ». Il en est tiré pour guérir le roi, ce miracle assurant sa liberté. Saint Grégoire l’illuminateur est le premiercatholicos, le terme désignant le patriarche de l’Eglise d’Arménie. Si le christianisme était déjà présent dans le royaume, il donne une forme à l’Eglise d’Arménie qu’il organise en évêchés et vivifie. Saint Grégoire l’Illuminateur meurt en 331.

(2) Dans la partie de l’Arménie alors sous domination byzantine, les relations avec l’Eglise grecque-orthodoxe sont aussi difficiles. En 555, le concile arménien de Dwin refuse les thèses définies par le concile de Chalcédoine (451) et maintient le choix du monophysisme.

(3) Les Turcs Seldjoukides ravagent l’Arménie au XIe siècle puis ils passent sous la domination des Mongols. L’Arménie et l’ensemble de l’Orient musulman sont ensuite balayés par les campagnes de Tamerlan (1387-1402).

(4) Les Arméniens étaient aussi présents dans la principauté d’Antioche, plus tard conquise par les Ottomans. Ils y demeurent jusqu’à ce que l’ancien Sandjak d’Alexandrette, rattaché à la Syrie et passé sous mandat français après la Première Guerre mondiale, ne soit cédé à la Turquie moderne (1937). Les populations arméniennes sont alors évacuées de la région.

(5) Avec la disparition du royaume arméno-cilicien, le centre de gravité de l’Arménie se place sur la moyenne vallée de l’Araxe et un nouveau catholicos siège à Edjmiadzin (20 km à l’ouest d’Erevan), celui de Sis perdant sa primauté. Aujourd’hui, le catholicos d’Edjmiadzin conserve sa primauté et celui de Sis a été transféré à Antelias (banlieue de Beyrouth) à l’époque du mandat français, après la reprise de la Cilicie par les Turcs. Il existe aussi deux patriarcats arméniens, l’un à Jérusalem (1311), l’autre à Istanbul (1458).

(6) Au-delà de Constantinople, la diaspora arménienne est présente en Crimée (l’« Arménie maritime »), dans les Balkans, en Europe centrale (Pologne et Transylvanie), à Rome et dans les cités-États portuaires italiennes (Venise, Livourne, Gênes) ainsi qu’à Marseille. On trouve aussi des marchands arméniens aux Indes (Madras, Calcutta).

(7) Le mouvement des « Jeunes Turcs » est fondé le 14 juillet 1889, à l’Ecole de médecine militaire d’Istanbul, et il se réclame de la société des « Jeunes Ottomans ». Oscillant entre réformisme et révolutionnarisme, les Jeunes Turcs sont travaillés par différentes tendances – libéralisme décentralisateur prenant en compte les différentes nationalités, panislamisme, nationalisme pantouranien –, qui se retrouvent sur l’opposition à Abdülhamid II, l’appel à restaurer la constitution de 1876 et la régénération de l’Empire ottoman sur la base d’emprunts à l’Occident. Le premier congrès est organisé à Paris (1902) et les différents comités sont ensuite réunis au sein du Comité Union et Progrès (1907). Le soulèvement de l’été 1908 conduit le sultan à rétablir la constitution et à organiser des élections A l’issue d’une période troublée, Abdülhamid II est déposé et remplacé par son frère, Mehmed V (1909-1918).

(8) Depuis la conquête de Kars et d’une partie de l’Arménie ottomane par le général Loris-Melikov (l’une des rares victoires russes au cours de la guerre de Crimée), et la poussée russe dans le Caucase, les dirigeants turcs voyaient les Arméniens comme la « cinquième colonne » de la Russie. Sous Abdülhamid II (le « sultan rouge »), plusieurs massacres d’Arméniens furent commis. Les massacres de 1906, 1907 et 1909 annonçaient ceux de 1915, alors que l’Empire ottoman est à nouveau en guerre avec la Russie, sur le front est où d’importantes populations arméniennes étaient imbriquées dans un tissu musulman (kurde et turc). Ce génocide a été commis dans une ambiance historique marquée tout à la fois par le pantouranisme et les défaites militaires des armées ottomanes, alors que les brigades du Dachnak – le parti révolutionnaire arménien fondé en 1890 et un bref temps allié aux Jeunes Turcs -, lançaient des attaques contre l’armée ottomane.

(9) La politique stalinienne des nationalités consiste à reconnaître des minorités et leur donner un statut d’autonomie à l’intérieur même des républiques fédératives, afin de disposer de leviers de pouvoir sur la nationalité éponyme. Il en est allé de même en Géorgie avec l’autonomie accordée à l’Abkhazie et à l’Ossétie du Sud. On sait l’usage que la Russie de Vladimir Poutine en fait aujourd’hui encore en Moldave (Transnistrie, microrégion bulgare de Taraclia), voire en Ukraine (« Nouvelle Russie » dans le Donbass).

(10) Le « Comité Karabakh » était le principal acteur de cette poussée nationaliste arménienne. Lors du tremblement de terre qui a frappé le nord de l’Arménie, en décembre 1988, Moscou a fait arrêter les dirigeants dudit comité, sans pouvoir mettre fin à la dynamique du conflit en cours. Le passage du Haut-Karabakh sous l’autorité d’une « commission spéciale » puis l’intervention de troupes soviétiques après des pogroms n’ont pu empêcher le déclenchement d’une guerre qui fera environ 30 000 morts.

(11) Depuis la construction de l’oléoduc BTC et du gazoduc BTE, entrés en fonction dans la deuxième moitié des années 2000, et la transformation du territoire turc en une passerelle transeurasienne, entre Europe et Caspienne, ces étroites relations turco-azéries ont aussi une forte dimension énergétique (elle sera encore renforcée par le TANAP). Les intérêts bien compris ont permis de surmonter la méfiance et les désaccords initiaux entre le gouvernement néo-islamiste de l’AKP, mis en place en 2002, et le régime autoritaire-séculier d’Ilham Aliev, celui-ci ayant pris en 2003 la succession de son père.

(12) La diaspora est d’une taille supérieure à celle de la population de l’Arménie. A l’extérieur de l’aire post-soviétique (près de 2 millions de personnes) et du Moyen-Orient (près de 400 000 dont 70 000 en Turquie), les Arméniens sont surtout nombreux aux États-Unis (1 million) et au Canada (200 000), en France (400 000 plus 50 000 dans le reste de l’UE), en Argentine (100 000 plus 70 000 dans le reste de l’Amérique latine) et en Australie (50 000 personnes). Ces valeurs sont approximatives.