L’énergie, une priorité pour l’Union européenne ?

Jean-Pierre SCHAEKEN WILLEMAERS, président du Pôle énergie, climat, environnement de l’Institut Thomas More, auteur de L’utopie du tout renouvelable (ed. Académie royale de Belgique, 2017)

          

27 septembre 2017


Dans son discours sur l’état de l’Union 2017, le président de la Commission Jean-Claude Juncker a annoncé cinq propositions qu’il considère comme particulièrement importantes : l’ouverture au commerce international avec réciprocité ; le renforcement de la solidité et de la compétitivité de l’industrie européenne ; le leadership européen dans la lutte contre le changement climatique ; une meilleure protection des Européens à l’ère du numérique ; la politique migratoire.

Il est pour le moins étonnant que parmi ces cinq priorités pas plus, d’ailleurs, que dans le reste de son discours, ne figurent les objectifs énergétiques et, en particulier, ceux du système électrique européen.

L’énergie d’une manière générale et plus spécifiquement une électricité bon marché sont, en effet, essentielles au développement économique et au bien-être de la population.

Par contre les engagements climatiques sont bien une des priorités de Jean-Claude Juncker. La politique bas carbone qui en est la conséquence, n’est pas sans impact sur les activités industrielles et commerciales, sur le système électrique ainsi que sur le pouvoir d’achat des ménages.

Dans le secteur électrique, cette politique implique une pénétration accrue du renouvelable (largement intermittent), une sortie progressive de la production à partir de combustibles fossiles avec en prime des investissements importants et indispensables tant dans le renforcement et la numérisation des réseaux (smart grid) que dans le stockage de l’électricité, technologie encore fort aléatoire.

Toutes ces contraintes ne font que grever davantage la facture de l’électricité du client final, entre autres, celle des ménages (selon une communication de la Commission européenne, le prix de l’électricité augmente de 3,5% par an pour ces derniers) et des PME .

Et comme si ce n’était pas suffisant, certains Etats membres ont l’intention ou ont commencé de fermer leurs centrales nucléaires (pourtant très peu émettrices de gaz à effet de serre, GES) produisant une électricité bon marché vu qu’elles sont amorties ou en voie de l’être.

Tout reformatage du système électrique incluant la sortie totale du nucléaire, rend inéluctable le maintien voire la construction d’une capacité thermique importante (centrales au gaz, charbon ou pire lignite) pour compenser l’intermittence du renouvelable ainsi qu’une dépendance (risquée) des importations des pays voisins en plus des coûts précités.

Les remarques qui précèdent (valables également, mutatis mutandis, pour d’autres secteurs de l’économie tels que celui du transport et des bâtiments passifs) montrent à suffisance que l’énergie aurait dû figurer parmi les propositions « particulièrement importantes » de monsieur Juncker. Les politiques bas carbone et énergétique vont de pair. La première et les mutations qu’elle entraîne, ne peut réussir sans une approche globale et, en particulier, une analyse coût-bénéfice des investissements dans le secteur de l’énergie requis par les objectifs climatiques de l’UE, avant toute prise de décision définitive.

Le leadership européen dans la lutte contre le changement climatique n’a de sens que si les mutations du secteur énergétique dont il est question ci-dessus, ne déforcent pas les économies européennes par rapport, entre autres, à celles des pays asiatiques et des Etats-Unis qui vont continuer de profiter d’une électricité bon marché d’origine fossile ainsi que de gaz et de pétrole de roche-mère dont les réserves sont abondantes et peu coûteuses à exploiter, surtout aux EU.