La Chine est grande et Xi Jinping est son prophète

Emmanuel DUBOIS de PRISQUE, chercheur associé à l’Institut Thomas More

          

26 octobre 2017

« La Chine est la religion des Chinois ». Cette affirmation que l’on relève notamment sous la plume de Simon Leys trouve une illustration grandiose dans la cérémonie qui s’est tenue à Pékin du 18 au 25 octobre. Le parti communiste chinois, sous l’égide du président Xi, a célébré lors de son XIXème congrès son triomphe historique et l’avènement d’une nouvelle ère mondiale au centre de laquelle trône la Chine. Au cœur de la Chine trône le parti, au cœur duquel trône Xi Jinping. Voici restaurés dans l’imaginaire de ses dirigeants les cercles concentriques qui organisaient la vision qu’avait la Chine de ses rapports avec le monde extérieur, au temps du régime impérial et des royaumes tributaires.

Xi est plus qu’un empereur

Mais d’un certain point de vue, Xi Jinping est plus qu’un empereur : l’empereur était le cœur sacré du monde, mais il s’agissait d’un monde plus vieux que lui, et qu’il maintenait grâce à des rituels s’imposant à sa personne. Xi Jinping au contraire est à la tête d’un parti qui a créé ex nihilo, dans la fureur de la guerre civile, le monde dont il a la charge : la « Nouvelle Chine », en 1949. Les seules règles qui s’imposent à lui sont les règles dont il est lui-même la source : le parti est cause de soi, comme le dieu impossible de Spinoza. Fidèle au démiurgisme du stalinisme, le PCC dispose de la Chine, et demain du monde, comme d’un matériau modelable à souhait. Il commande aux êtres et aux choses, au Ciel et à la terre. Durant le congrès, les usines ont été stoppées pour soulager Pékin de la pollution endémique qu’il subit : il fallait que le climat soit propice et les augures favorables.

Sur le toit du monde

Xi Jinping répète à longueur de discours faire « renaître » l’antique nation chinoise que les impérialistes occidentaux et japonais avaient mise à mort durant « le siècle des humiliations ». Il prouve aujourd’hui que la lutte des systèmes que l’Occident prétendait avoir gagné en 1989 n’est pas terminée. Appuyé sur les 5000 ans d’histoire que l’historiographie officielle chinoise fantasme, il prétend avoir reçu « mission » de la part d’une puissance indéterminée pour mener la Chine à la « grandeur » retrouvée et à sa place naturelle de « leader global ». On ne peut qu’être frappé par la mystique théologico-politique qui informe les discours du dirigeant chinois qui, face à l’Occident, veut faire bénéficier le monde entier de la « sagesse chinoise pour résoudre les problèmes de l’humanité ». Bien souvent cependant, cette sagesse chinoise consiste d’abord à faire avaler aux pays occidentaux une nouvelle couche de politiquement correct. Dans les universités australiennes par exemple, il arrive que des professeurs soient contraints à de piteuses excuses publiques, tels des Bruno Le Maire des antipodes, pour avoir refusé d’avaliser les mensonges de l’historiographie chinoise que leurs foules d’étudiants chinois leur imposent bruyamment.

Des Chinois patriotes s’expatrient

Il n’est cependant pas certain que Xi Jinping soit en mesure de réussir à imposer son modèle au monde : en Chine même, la religion politique chinoise doit faire face à un risque d’apostasie de masse. Les universités anglo-saxonnes et les paradis fiscaux sont pris d’assaut par les gagnants du système chinois. Beaucoup de Chinois, quand ils en ont les moyens, placent en effet ce qui leur est le plus cher, leurs enfants et leur argent, à l’étranger, tout en réaffirmant souvent à grands cris leur attachement à la Chine contemporaine.

Cependant, le contraste est patent entre la vigueur de la religion politique chinoise et la déliquescence de cette même religion en Occident où le pouvoir exécutif qui l’incarne y est délégitimé par le spectre du populisme. Et lorsque cela ne suffit pas, on y entrave consciencieusement à coup de « construction européenne » et de « contre-pouvoirs » sacralisés ce qui reste d’une volonté populaire morcelée. Philippe Muray prétendait que face aux djihadistes, nous allions gagner, car nous sommes les plus morts. Face à la Chine de Xi Jinping, rien n’est moins sûr.