L’islam en France, le temps des solutions

Sophie de Peyret, chercheur associé à l’Institut Thomas More

          

Novembre 2019 • Rapport 20 •


Laïcité, voile, burqini, financement des mosquées, prêches radicaux, sorties scolaires, cantines, radicalisation dans les services publics, liberté de conscience et d’expression, revendications communautaristes : année après année, mois après mois, semaine après semaine, le « problème de l’islam » grandit en France sans qu’aucune réponse forte y soit apportée. Car oui, la France a un problème avec l’islam, qu’il est temps de regarder sans fard ni faux-fuyants. Telle est l’ambition de ce rapport : nommer ce qui ne va pas et proposer des pistes d’action simples, fortes et efficaces. Pour cela, il formule 35 propositions pour agir maintenant sur cinq axes.

En finir avec les débats sur la laïcité

Bien des questions liées à l’islam se cristallisent autour du principe de la laïcité et de la loi de 1905. Or, le problème est double : la laïcité n’est nulle part définie clairement dans le droit français (ce qui conduit à une guerre des interprétations sans fin) et la pensée musulmane peine à appréhender la laïcité, étrangère à sa tradition. Voilà pourquoi nous proposons de clarifier les positions en proposant une définition explicite de la laïcité et en rendant cette définition juridiquement contraignante.

Renforcer et appliquer le droit

La France n’est pas désarmée devant les difficultés liées à l’islam et, surtout, les revendications communautaristes de certains. Elle dispose d’un appareil juridique qu’il lui suffit d’appliquer avec fermeté et d’amender à certains égards. A commencer par la loi de 1905 qu’il convient de respecter strictement. S’il existe effectivement certains points d’incompatibilité entre l’islam et la loi de 1905, ce n’est pas à elle de s’adapter. Par ailleurs, pour un certain nombre de difficultés concrètes (financement des lieux de culte, cantines scolaires, contrôle des prêches, abattage rituel, contournements du droit), il est temps d’appliquer et de faire respecter le droit déjà existant. L’État doit en outre renforcer ses moyens d’action et d’analyse pour anticiper certaines failles habilement exploitées.


Renouer avec une politique volontariste

Mais, pour faire face aux défis de l’islam en France, le droit seul ne suffit pas. La loi est un outil qui demeure insuffisant s’il n’est pas soutenu par une volonté politique claire et affirmée. Mettre fin à plusieurs décennies de revendications communautaristes réclame du courage et de la constance. Ainsi, qu’il s’agisse du voile (burqini, voile pour les mineures, voile intégral), des liens entre l’État et le culte musulman (sur laquelle il convient d’en finir avec la relation quasi exclusive avec le CFCM et privilégier les structures locales reconnues et contrôlées), de la lutte contre la radicalisation dans les services publics ou de l’influence délétère de certaines instances internationales, la mise en œuvre d’une politique enfin volontariste et énergique permettra d’inverser la tendance.


Garantir une réelle liberté de conscience

Force est de constater qu’en trente ans, de l’affaire Rushdie aux attentats de 2015, la liberté de conscience et la liberté d’expression ont reculé en France. Qui aurait cru que dans la France d’aujourd’hui, la pertinence d’un retour à un délit de blasphème serait évoquée à l’Assemblée nationale, des chercheurs ne se risqueraient pas à étudier l’islam avec l’œil critique du scientifique, l’autocensure éditoriale serait de mise dans certains médias et des journalistes seraient assassinés pour avoir moqué cette religion ? Il est temps de mettre fin à cette reculade insupportable et indigne. C’est la raison pour laquelle nous proposons que la France protège et accueille les « apostats » et les convertis menacés à travers le monde et favorise la recherche historico-critique sur l’islam.

Faire aimer la France

Si la mise en œuvre des précédentes mesures est indispensable, nous savons que le problème est plus profond. L’islam, sa présence et sa visibilité accrues en France, les problèmes qu’il pose, sont aussi révélateurs d’une crise d’identité qui les dépasse. Des décennies de multiculturalisme honteux et sa faillite aujourd’hui avérée ont plongé la France et les Français dans l’inquiétude, le doute, parfois la détestation d’eux-mêmes. Que faire ? Suivre le sage conseil de Simone Weil : « de remède, il n’y en a qu’un. Donner aux Français quelque chose à aimer. Et leur donner d’abord à aimer la France ». Vaste programme qui réclame de retrouver le chemin d’une intégration exigeante. Une intégration qui passe par l’éducation (enseignement de l’histoire de France et du fait religieux et meilleure connaissance du patrimoine et de l’histoire des territoires où vivent les élèves) et le renforcement du lien social (promotion de l’engagement de la jeunesse et de la place des femmes dans le processus d’intégration).