Le plan de relance de l’économie de Jean Castex en est-il vraiment un ?

Sébastien Laye, chercheur associé à l’Institut Thomas More


       

27 août 2020 •


Dans le plan de relance qui va être annoncé jeudi, les autorités se contentent d’appeler investissements ou dépenses de relance des dépenses courantes qu’on ne fait que requalifier, dénonce Sébastien Laye, chercheur associé à l’Institut Thomas More, qui salue néanmoins l’amorce de la baisse des impôts de production.


Si le plan de relance de Jean Castex tarde à dévoiler ses détails, nous en connaissons d’ores et déjà les grandes lignes. Force est de reconnaître aussi que la situation sanitaire n’est pas encore assez claire pour définir exhaustivement le monde d’après. Ainsi, l’heure n’est semble-t-il pas encore à la redéfinition des orientations économiques stratégiques. Et cela est regrettable pour deux raisons. La première est que le gouvernement dissimule mal derrière la crise du Covid-19 une situation qui n’était guère réjouissante en février dernier. Fin 2019, l’économie française reculait de 0,1% bien avant le Covid-19 et notre taux de chômage a toujours été largement supérieur à la moyenne européenne. Il est utile de rappeler que les prélèvements obligatoires et la dépense publique n’ont pas baissé sous Macron. La forte récession qui s’abat aujourd’hui sur nous est donc bien commode pour masquer nos échecs et l’absence de doctrine claire sur les sujets économiques.

La seconde raison tient à ce que ce sont les banques centrales, et notamment la BCE, plus que les États qui ont été au front face à la crise engendrée par les confinements. A cet égard, ces banques demandent désormais depuis plusieurs semaines aux États de réagir avec leurs propres plans d’investissement. Or la France, depuis le déconfinement en mai, tarde à mettre en place une véritable stratégie. Se réinventer en mode rooseveltien ou hamiltonien n’est pas chose aisée, surtout quand la seule mondialisation heureuse a servi de mot d’ordre à nos pouvoir successifs.

Dans le contexte actuel, comme on le voit avec les plans en préparation dans les autres pays, face à l’écroulement des PIB, des plans d’investissements sont légitimes. J’insiste sur le terme de plan d’investissement et non juste de relance. Un plan d’investissement dans les infrastructures physiques (routes, ponts, rails, bâtiments) et numériques (data centers, cloud, 5G, IA) et industrielles requiert de créer des actifs immobilisables, corporels ou incorporels : usines, bâtiments, mais aussi brevets.

Dans le plan Jean Castex, les autorités se contentent d’appeler investissements ou dépenses de relance des dépenses courantes qu’on ne fait que requalifier. Par ailleurs, le candidat Macron avait déjà promis un plan d’investissements de 60 milliards d’euros en 2017 : rien n’a avancé sur ce sujet et l’essentiel de cette promesse est recyclée dans ce nouveau plan. En réalité, ce plan de relance est un fourre-tout où on requalifie d’autres dépenses.

Prenons deux exemples. Pour faire taire la grogne à l’hôpital, l’État a accepté de reprendre la dette des hôpitaux à son compte pour éviter une gestion trop serrée découlant du poids de la dette : ces 13 milliards de dette hospitalière vont faire partie du plan Castex ! En quoi cela améliorera-t-il notre souveraineté sanitaire ? Autre exemple, le candidat Macron a vanté les mérites de la flexisécurité du modèle scandinave. Après de timides libéralisations du droit du travail au cours de l’été 2017, il a promis un effort massif dans la formation.

Or rien n’est venu en la matière, mais les 20 milliards annoncés pour la formation en 2018 sont recyclés dans le plan Castex ! Ce Plan permet de requalifier toutes les promesses passées non tenues, qui ne sont que des dépenses courantes sans aucun rapport avec la stimulation de la croissance et de l’investissement. Dernier exemple, il pourra couvrir jusqu’à 200 000 emplois aidés, permettant à Macron de faire passer Hollande pour un ultra-libéral sur ce sujet…

Les quelques éléments positifs du plan (de l’ordre de 30 milliards, le reste n’étant que des redéploiements) concernent : la rénovation énergétique des bâtiments (mais non effective avant fin 2021) qui vient sous la pression électorale des Verts, une aide à la réindustrialisation et surtout, sur la pression des entrepreneurs et des industriels, un début de baisse des impôts de production : quasiment inexistants dans les autres pays, frappant tout nouveau bâtiment ou usine, ces derniers représentent 70 milliards par an. Le gouvernement prévoit sur plusieurs années de les baisser de 20 milliards.

Il faudra une baisse rapide et vigoureuse, compensée pour les collectivités locales, pour frapper les esprits et inciter à la réindustrialisation. Mais dans l’immédiat et dès avril 2020, nous aurions préféré une mesure de suramortissement pour inciter les entreprises à bâtir et s’équiper, se remettre à niveau. Ce plan, dans sa partie réelle de 30 milliards, risque de rester anodin à 1,5% du PIB alors que nous vivons une contraction de 10%…

Le problème du plan de relance est aussi d’arriver tardivement face à la contraction sans équivalent du PIB : songez par exemple qu’il prétend s’appuyer en partie sur les crédits européens alors que l’essentiel de l’aide européenne arrivera en 2022 (pour 2021, le temps de voter le texte, la quote-part française sera limitée à 2 milliards) : ainsi, sur la plupart des mesures, l’économie française ne bénéficiera pas de ce plan avant la mi-2021, voire 2022. Il faut revoir la copie et s’orienter vers un plan « commando » de soutien immédiat à la croissance, par une baisse massive de la fiscalité et des investissements en infrastructure certes pilotés par le public mais avec des capitaux privés ou mixtes. En d’autres termes, un (vrai) plan de relance !