Ces deux failles majeures du plan de relance Castex

Sébastien Laye, chercheur associé à l’Institut Thomas More

       

3 septembre 2020 •


Sur les 100 milliards du plan, une partie relève du trompe l’œil et/ou de crédits qui ne seront débloqués que dans « longtemps ». Pire en matière d’efficacité, les vrais investissements n’y représentent que la portion congrue.


Par une indéniable omniprésence médiatique hier et ce matin, le Premier Ministre a donc pu présenter les détails finaux de son plan de relance. Force est de constater que la gravité de la situation commande une forme d’action de court terme au moins des acteurs publics : à l’instar des autres gouvernements, le gouvernement français qui a du porter à bout de bras l’économie durant le confinement, se demande désormais comment juguler la chute de la demande finale et du PIB cette année (-10% attendu).

Nous ne reviendrons pas sur la pertinence d’un plan, car il s’agit d’un sempiternel débat entre chapelles d’économistes, qui nous paraît de second plan au moins pour les deux prochaines années, étant donné la gravité de la situation. Cependant, les détails du plan enfin connus confirment nos craintes déjà exprimés sur un plan mal ficelé, ambigu, dispersé et mal financé malgré quelques points très intéressants.

Commençons par ce dernier point : la rénovation énergétique et la baisse des impôts de production nous paraissent les deux points positifs du plan. Si les crédits d’impôts aux particuliers pour rénovations énergétiques ne sont qu’un simple retour à la situation de 2017 (nombre de ménages français en ont profité entre 2015 et 2017 et c’est Nicolas Hulot qui les avait imprudemment supprimés), le plan prévoit enfin un effort de l’Etat pour rénover les bâtiments publics et ses propres passoires énergétiques : à 4 ou 5 milliards, l’effort ne sera qu’incomplet (il en faudrait 15) mais il s’agit d’un bon début. La pression fiscale ubuesque des impôts de production fut maintes fois dénoncée : le début de baisse annoncé est donc encourageant – même si on prend sur la part des collectivités locales et que dans deux ans, nous en serons toujours à 50 milliards d’impôts de production.

Venons-en maintenant aux problèmes que pose ce plan. Le premier est le financement : en réalité, sur les 100 milliards, vingt viennent de la Caisse des dépôts et de la BPI et sont des programmes pour la plupart déjà annoncés depuis deux ans. Le candidat Macron avait promis un hypothétique plan de relance en 2017 et il se trouve recyclé ici. Quarante milliards viennent de l’Etat français via plus de dette et quarante autres milliards proviennent des futurs crédits européens décidés dans le cadre du plan post-Covid-19 (il s’agit donc là aussi d’une nouvelle dette au niveau européen). Mais ces quarante milliards ne pourront pas être débloqués avant 2022 : quand on lit les détails du plan européen, la clef de répartition fait qu’en 2021, seuls… deux petits milliards seront consacrés à la France.

Ce qui nous amène au problème de temporalité de ce plan : face à la crise, les Allemands ont consacré 6% de leur PIB et les Américains 10% à de massifs plans de relance et d’investissement, pour compenser la contraction du PIB, qui a lieu maintenant. Les Français, qui ont soutenu l’économie durant le confinement et au déconfinement, sont aujourd’hui incapables de contrecarrer l’effondrement de l’économie induit par la crise, car le plan ne sera pas effectif avant la fin 2021. Il s’agira plus d’un plan post-crise de stimulation de l’économie qu’un plan de relance.

Et d’ailleurs, et c’est le troisième problème, parlons-nous d’un plan d’investissement ou d’un simple plan de dépenses ? Un plan d’investissement, comme celui proposé par Trump en 2017 ou les plans rooseveltiens, impliquerait de construire des infrastructures physiques ou numériques, des usines, probablement en partenariat avec le privé. Notre pays en aurait bien besoin et nous aurions personnellement suivi cette voie, pour faire face à la crise et au-delà. Mais ce n’est pas ce qu’est ce plan. Notamment dans le troisième volet « cohésion sociale et territoriale », Castex se contente de recycler des dépenses courantes et des promesses sur la formation, les chômeurs, etc. Rien d’inutile mais rien qui stimule sérieusement l’économie. Au sens strict, l’investissement dans ce plan ne représente pas plus de trente milliards, soit 1,5% du PIB, sur deux ou trois ans – c’est-à-dire un investissement public qui passera de 3% à 3,5% par an…

On inclut dans le plan treize milliards de reprise de la dette des hôpitaux, des baisses d’impôts et même deux milliards pour la culture. Le Premier ministre Jean Castex fait feu de tout bois sans aucune cohérence: ces dépenses-là devraient figurer au budget général et non dans un plan ad hoc. On voit d’ailleurs surgir la concurrence entre Jean Castex, qui veut son plan, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, et le nouveau commissaire au Plan François Bayrou qui n’y parait même pas associé…

La lecture des 75 mesures donne finalement une impression de dispersion, sans volonté claire. Au final, nous ne sommes en présence ni d’un plan de relance (il aurait dû inclure un volet pour les ménages dans ce cas), ni d’un plan d’investissements (ils sont limités) : mais bien d’un plan politique, destiné à acheter des publics particuliers, à saupoudrer pour faire plaisir à des intérêts catégoriels (la filière hydrogène, les grandes entreprises), et à préparer 2022 sans se soucier des résultats pratiques. Un plan aussi imbu et boursouflé de lui-même, si on ose la personnification, qui se veut le plus gros possible en incluant des garanties de prêts et autres qui ne seront pas forcément des crédits débloqués.

L’économie française a donc toujours besoin, selon nous, d’un plan massif d’investissement public-privé.