Erdogan, la nouvelle Turquie et nous · Anticiper la recomposition des alliances

Jean-Sylvestre Mongrenier, chercheur associé à l’Institut Thomas More


          

Novembre 2020 • Note 45 •


De la Méditerranée au Caucase, la politique révisionniste turque et ses prolongements militaires remettent en cause les solidarités stratégiques censées lier les membres de l’OTAN. Dans le Haut-Karabakh comme en Libye ou dans le Nord syrien, Recep Tayyip Erdogan s’accorde avec Vladimir Poutine pour évincer les Occidentaux. Et tant pis pour ceux qui, en France ou ailleurs, voient dans le Président russe un « Père Fouettard » chargé d’administrer une correction au Grand Turc.

A l’avenir, il n’est pas déraisonnable d’anticiper une poussée turque ou une extension du condominium russo-turc dans le bassin occidental de la Méditerranée. Mises en évidence par l’achat et le prochain déploiement de S-400 russes, les logiques profondes de la géopolitique turque posent donc le bien-fondé de l’appartenance de ce pays à l’OTAN.

Certes, l’Alliance atlantique est une alliance de « grandes personnes » : elle agrège des volontés de puissance et ses principaux membres mènent en son sein des stratégies de prolongement des intérêts nationaux. Il n’en reste pas moins que, au-delà d’un certain seuil, le grand écart n’est plus tenable. Les défis posés par la Turquie peuvent être en partie traités par « segments », dans différents cadres internationaux. Il sera pourtant difficile de faire l’économie d’une mise en demeure, le statut d’allié imposant des obligations réciproques. Ce devait être l’un des objectifs d’une initiative euro-américaine destinée à refonder le partenariat transatlantique.

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