Présidence Sarkozy · Bilan chiffré et éléments d’analyse

L’Institut Thomas More, qui a publié tous les six mois pendant cinq ans (soit 10 livraisons) le Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy, rappelle les conclusions auxquelles il est arrivé à l’issue du quinquennat de Nicolas Sarkozy et apporte sa contribution au débat qui va s’engager…

17 octobre 2013 • Bilan •


Après des mois de débat, entre partisans et opposants au « droit d’inventaire », sur l’opportunité de dresser un bilan de la présidence Sarkozy, l’UMP s’apprête à organiser, jeudi 17 octobre, une réunion « sur l’évaluation de [son] action dans la majorité et sur les priorités à défendre pour l’alternance ». L’Institut Thomas More, qui a publié tous les six mois pendant cinq ans (soit 10 livraisons) le Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy, rappelle les conclusions auxquelles il est arrivé à l’issue du quinquennat et apporte ainsi sa contribution au débat qui va s’engager…


1. Le bilan du quinquennat en quelques chiffres

Le 10e Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy, publié en mars 2012 (soit un mois avant le premier tour de l’élection présidentielle), a permis de dresser un bilan précis et chiffré des réalisations du quinquennat de Nicolas Sarkozy :

  • En 5 ans, plus de 1 300 mesures annoncées. En plus des 490 promesses de campagne de 2007, le Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy a recensé 832 nouvelles annonces faites pendant le quinquennat… Soit au total, 1 322 mesures !
  • Sur ces 1 322 mesures : 47,43% étaient réalisées (627) ; 8,17% étaient altérées (108) ; 26,93% étaient inachevées (356) et 17,47% étaient abandonnées (231).
  • Si on additionne les mesures réalisées et altérées, on constate que 55,6% des mesures ont été mises en œuvre.
  • Si on additionne les mesures inachevées et abandonnées, on observe que 44,4% des mesures ont échoué.
  • Sur les 490 promesses de campagne de 2007 : 44,9% étaient réalisées (220) ; 8,16% étaient altérées (40) ; 24,5% étaient inachevées (120) et 22,5% étaient abandonnées (110).
  • 69% des mesures abandonnées étaient des promesses de 2007 (159 sur 231).

2. Une présidence active mais sans vision

Pendant le quinquennat et après la défaite, on a beaucoup dit que le facteur individuel et comportemental avait fortement contribué à la désaffection des Français à l’égard de Nicolas Sarkozy. Le Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy n’a jamais eu pour objet de mesurer cela.

Il a permis en revanche, tout au long du quinquennat, de mesurer le manque de stratégie et la difficulté à hiérarchiser les priorités :

  • Ainsi, dès avril 2008, soit un an après la victoire de Nicolas Sarkozy, le 2e Baromètre soulignait le manque de lisibilité de l’action, avec plus de 40% de mesures en cours ou réalisées dans 19 thèmes d’action sur 22– et dans 12 thèmes, on dépassait les 50%.
  • A l’époque, Nicolas Sarkozy justifiait cet activisme par la stratégie du « bloc de réformes » en affirmant que « toutes les réformes se tiennent » (24 avril 2008).
  • Avait-t-il raison ? Selon nous, non. Car tout est affaire d’échelle : s’il peut être judicieux de mener de concert trois ou quatre réformes cohérentes et complémentaires (par exemple, travailler en même temps sur le marché de l’emploi, les retraites et la formation), on doutera de l’efficacité et de la profondeur d’une action ouverte sur tous les fronts.

Passant de chantier en chantier, cherchant à apporter une solution instantanée à chaque problème, l’activisme de Nicolas Sarkozy cachait au fond un défaut de vision et de cap :

  • Qu’on se souvienne de la succession de propositions ou de chantiers symboliques n’ayant abouti à rien de précis ni de pérenne : la lecture de la lettre de Guy Môquet à l’école (octobre 2007) ; la « politique de civilisation » (janvier 2008) ; l’Union pour la Méditerranée (juillet 2008) ; le débat sur l’identité nationale (octobre 2009) ; etc.
  • La masse importante de mesures (promesses et annonces) restées lettre mortes (44,4%) le prouve aussi : la quantité de chantiers ouverts a nui à la qualité de la réforme produite.

La crise a bien sûr sa part dans ce bilan (voir ci-dessous), mais la méthode employée pendant cinq ans l’explique aussi : un rythme effréné et finalement vécu comme anxiogène, des réformes souvent inabouties et un corps social qui, après avoir majoritairement vibré aux accents de la campagne de 2007, s’est plus souvent senti bousculé qu’associé aux réalisations du contrat qu’il avait passé. Ainsi est née la défiance du pays à l’égard de Nicolas Sarkozy.

3. Réformes : un bilan décevant

Mais bien sûr, l’échec de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2012 s’explique par les résultats décevants du quinquennat. Qu’on s’en souvienne… Il avait été élu sur un programme de rupture, de réformes ambitieuses et d’objectifs précis. Or qu’a-t-on constaté ?

  • Sur le rétablissement des finances publiques, sur la baisse du chômage, sur la baisse de la fiscalité, sur lutte contre l’insécurité, les promesses de 2007 furent vite oubliées.
  • Sur les marqueurs traditionnels de la droite, rien ou trop peu fut fait : famille, immigration, éducation.

Les défenseurs du bilan quinquennat avancent toujours l’argument de la crise pour expliquer ces résultats décevants. Bien sûr la crise explique les mauvais résultats économiques (croissance, chômage, dette). Mais ce n’est pas suffisant :

  • D’abord parce que c’est oublier qu’il y eut 15 mois sans crise au début du quinquennat (jusqu’à la faillite de Lehman Brothers en septembre 2008) et qu’ils ne furent pas mis à profit pour réaliser des réformes de fond : sur l’autonomie des universités, sur les 35 heures ou sur l’ISF par exemple (ce que pointait déjà le 2e Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy, publié en mai 2008).
  • Ensuite parce que la crise aurait justement dû être l’occasion des réformes structurelles qui n’avaient pas été conduites depuis plus de 30 ans. Un exemple ? La réforme des retraites de 2010… C’est le verre à moitié plein ou à moitié vide ! On peut évidemment se féliciter qu’un début de réforme ait été alors entrepris, mais on peut aussi juger que, quitte à affronter un mouvement social, autant que ce soit pour une réforme structurelle et pérenne.

Or c’est là le grand point noir du bilan de Nicolas Sarkozy : aucune réforme structurelle de grande ampleur n’est à mettre à son actif :

  • Il a parfois su prendre les bonnes décisions dans l’urgence (création du G20, réunion des principaux dirigeants européens au début de la crise de l’euro).
  • Mais force est de constater qu’il n’a pas engagé de réforme de fond sur les points de blocage structurels et largement identifiés : retraites, santé, chômage, marché de l’emploi, éducation, décentralisation, etc.
  • Même le Grenelle de l’environnement, qu’il avait lui-même initié, n’a pas abouti.
  • Et sur l’Europe, s’il a su éteindre les incendies, il n’a rien fait pour résoudre la paralysie institutionnelle de l’UE.

4. Mise en perspective avec les résultats de François Hollande

A la suite de la publication, pendant cinq ans du Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy, l’Institut Thomas More a publié, à partir de mai 2012, le Baromètre des réformes de François Hollande. Si on ne peut naturellement pas comparer les deux bilans (5 ans d’un côté, bientôt 18 mois de l’autre), on peut en revanche mettre en perspective les résultats obtenus au bout d’un an pour chacun :

  • Il y avait moins de chantiers ouverts (réalisés, en cours et altérés) par Nicolas Sarkozy au bout d’un an que par François Hollande : 50,4% contre 67,47%.
  • Les ratés (en retard, compromis, abandonnés) étaient moins nombreux pour Nicolas Sarkozy que pour François Hollande : 6,3%, contre 32,53%.
  • Le stock d’engagements encore non-abordés était encore de 43,3% pour Nicolas Sarkozy contre 18,11% pour François Hollande.

Sur le manque de lisibilité de l’action et la capacité à fixer un cap, on ne peut que constater que le président socialiste fait encore moins bien que son prédécesseur :

  • Alors qu’au bout d’un an, Nicolas Sarkozy recueillait la confiance de 35% des Français, François Hollande n’en recueille que 31% en mai 2013…
  • De même, si l’on se souvient de quelques ratés du temps de la présidence Sarkozy, on ne compte plus les couacs, les va-et-vient et les flottements de la politique gouvernementale.

De même, on a souvent reproché à Nicolas Sarkozy le caractère clivant de sa politique et de son discours. François Hollande, sur ce chapitre, n’a rien à lui envier :

  • Avec le mariage homosexuel, la théorie du genre et la remise en cause de la politique familiale, le « président normal », qui se voulait rassembleur, a fortement et durablement ouvert un nouveau front de clivage au sein de la société française.

Et sur le fond enfin, force est de constater que si Nicolas Sarkozy n’allait pas assez loin dans ses réformes, François Hollande n’engage aucune action structurelle en vue d’enrayer le déclin du pays :

  • Si comme on l’a dit, la réforme des retraites de 2010 était insuffisante, celle de 2012 est encore moins courageuse.
  • Si Nicolas Sarkozy a eu la main lourde en matière de politique fiscale, celle de François Hollande est confiscatoire et provoque un authentique ras-le-bol fiscal.
  • Si la politique économique de Nicolas Sarkozy ne suffit pas à redynamiser le tissu économique, la défiance des entreprises (et en particulier des PME) est forte face à politique fiscale et réglementaire conduite depuis 18 mois.
  • Si la politique de non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite et la RGPP manquaient d’ambition, l’absence totale de réforme de l’État et l’embauche de 60 000 fonctionnaires de plus dans l’Éducation nationale sont irresponsables.
  • Si la réforme du conseiller territorial était largement insuffisante pour alléger le mille-feuille administratif français, le projet de création du statut de métropole laisse présager le pire en matière de décentralisation.

5. Conclusion

On aura donc compris que le bilan sans concession que l’Institut Thomas More dresse de la présidence de Nicolas Sarkozy ne doit pas servir d’alibi à François Hollande. Si les hommes et les styles diffèrent sans doute, force est de constater que la défiance des Français et la radicalisation du corps social sont autant à l’œuvre sous François Hollande que sous Nicolas Sarkozy : les bons résultats du Front National en témoignent.

Si la droite veut se reconstruire et offrir une alternative politique crédible, elle devra être capable de définir :

  • Une vision : sur la famille, sur l’éducation, sur la dignité de la personne humaine, sur l’identité française, sur la place de la France dans l’Europe, sur l’organisation sociale, sur le rôle de l’État, etc., elle devra être capable d’affirmer ce qu’elle veut et ce qu’elle ne veut pas.
  • Une stratégie, qui réclame une hiérarchisation des priorités et un profond travail de préparation en amont, afin d’être en mesure de réformer plus en profondeur qu’en étendue.
  • Une tactique, qui demande courage (pour affronter et vaincre les pesanteurs et les oppositions qui naîtront forcément) et pédagogie (pour retrouver la capacité de parler aux Français).

Le Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy : rappel méthodologique

Le Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy était conçu de la façon suivante :

  • Recensement de l’ensemble des mesures engagées (promesses de campagne et annonces faites pendant le quinquennat) – le tout classé en 22 thèmes d’action.
  • Évaluation de l’état d’avancement de chaque mesure : réalisée, altérée, inachevée ou abandonnée.
  • Évaluation de la performance par thème d’action, à partir de 3 indicateurs : « efficacité de la réforme », « cohérence de la réforme » et « mise en œuvre de la réforme ».
  • Analyse succincte de la politique de réforme par thème d’action.
  • Analyse générale de la politique conduite pendant le quinquennat.

Avec plus de 200 retombées et interventions médias, le Baromètre des réformes de Nicolas Sarkozy s’est vite imposé comme le seul outil crédible d’évaluation de la politique de Nicolas Sarkozy.