Espaces océaniques et voies maritimes, clefs de compréhension de la géopolitique globale de Donald Trump

Hugues Eudeline, directeur de recherche à l’Institut Thomas More

Mars 2025 • Note d’actualité 96 •


Les nouvelles orientations stratégiques données aux États-Unis par Donald Trump font couler beaucoup d’encre depuis quelques semaines. Ses prises de positions tranchées, sinon brutales, l’agressivité de certains de ses propos, souvent à l’endroit de ses alliés, déconcertent et heurtent bien des acteurs comme bien des observateurs. Dans cette brève note, Hugues Eudeline propose une clef de compréhension qui permet de ramener un peu de rationalité dans ce grand chambardement géopolitique. A travers l’analyse de l’importance géostratégique de l’océan Arctique et le rappel de ce qui se joue autour du canal du Panama, il montre que les espaces océaniques, les voies maritimes et leur maîtrise constituent les véritables enjeux de la rivalité entre les États-Unis et la Chine. La thalassocratie chinoise est plus que jamais dans la ligne de mire du président américain.

Le président Trump inverse les priorités de son prédécesseur

Avant même de prêter serment, le président Donald Trump annonçait vouloir conduire agressivement les relations internationales vis-à-vis de toutes les puissances en compétition commerciale avec les États-Unis d’Amérique. Le jour même de sa prise de fonction, il mettait en œuvre sa politique en signant sans délai de nombreux décrets présidentiels allant dans ce sens. Cette rapidité d’exécution, à l’évidence minutieusement préparée, privilégie les intérêts économiques au détriment des alliances militaires. Ce faisant, le président Trump inverse les priorités de son prédécesseur. Ses déclarations brutales sont à l’évidence destinées à s’opposer prioritairement à une thalassocratie chinoise en rapide croissance, qui tend à supplanter l’hégémonie américaine partout dans le monde.

Espaces océaniques et voies maritimes au cœur de la nouvelle vision américaine

Ses propos ont déconcerté la plupart des commentateurs, qui relèvent leur violence sans toujours comprendre la logique qu’ils sous-tendent, faute de prendre le recul nécessaire à leur interprétation. Pourtant, si l’histoire ne permet pas de prédire l’avenir, elle l’éclaire. Les annonces concernant l’acquisition du Canada, du Groenland et de Panama n’ont rien de nouveau dans la géopolitique des États-Unis d’Amérique. Afin de comprendre pourquoi elles sont récurrentes, il faut, au-delà des terres émergées, considérer les espaces océaniques attenants et les voies maritimes de communication qu’ils leur permettrait de contrôler.

Répondre à la thalassocratie chinoise

C’est l’ouverture progressive de l’océan Arctique et de ses accès — avec les très lucratives nouvelles routes de communications maritimes qui y passeront à brève échéance — qui déchaîne les convoitises de la Russie et de la République populaire de Chine (RPC) au risque pour les États-Unis d’en être dépossédée. Concernant le canal stratégique de Panama, percé, longtemps contrôlé puis rétrocédé par les États-Unis et à présent menacé par la présence d’entreprises chinoises notoirement duales, il nécessite d’être protégé prioritairement. Enfin, plus généralement, ce sont tous les points de passage obligé, détroits et canaux, dont l’ouverture est existentielle pour la suprématie maritime chinoise, qui doivent pouvoir être commandés par l’US Navy autant que de besoin.

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L’auteur

Hugues Eudeline est directeur de recherche à l’Institut Thomas More. Ancien officier de marine et ingénieur, il est docteur en histoire militaire, défense et sécurité de l’École Pratique des Hautes Études (EPHE, Paris), il est également breveté de l’enseignement militaire supérieur français (École supérieure de guerre navale et Cours supérieur interarmées, Paris) et américain (Naval Command College, Newport) et titulaire d’un Master of Science (Salve Regina University, Newport). Précédemment chargé de cours à Sciences Po Paris, l’ESCEM et l’ICES, conférencier, essayiste, il consacre ses recherches à la géopolitique et la géostratégie de l’océan mondial. Il est en particulier spécialiste de la Chine maritime. En 2022, il a reçu le prix de Stratégie maritime générale de l’Académie de Marine (France) et la médaille d’argent de l’Académie royale de marine suédoise, dont il est membre correspondant depuis 2013. Il est l’auteur de Géopolitique de la Chine. Une nouvelle thalassocratie (PUF, 2024)