Juin 2026 • Rapport 36 •
En 1975, la France était prospère, industrielle, respectée et souveraine
Un demi-siècle plus tard, le pays est, à moins d’un an de l’élection présidentielle, au bord de plusieurs ruptures – économiques et financières, mais aussi sociétales, culturelles, religieuses, démographiques et sécuritaires. Comment en est-on arrivé là ? Ce rapport propose une réponse inédite, dans sa forme comme sur le fond : à travers cinquante décisions politiques précises, datées et documentées, prises entre 1975 et 2025, il raconte l’histoire de notre déclin collectif, sujet par sujet. Non par dolorisme ni pour ressasser le passé, mais avec la conviction qu’aucun redressement crédible ne peut s’envisager sans un diagnostic objectif et complet des causes de notre effondrement.

Cinquante ans, cinquante décisions
Le choix de la période 1975-2025 n’est pas arbitraire. Les bouleversements exogènes de ces décennies – mondialisation, montée en puissance de nouveaux acteurs, révolutions informatique, numérique et de l’intelligence artificielle – ont été colossaux et ont inévitablement redistribué les positions des nations. Mais en 1975, les choses n’étaient pas jouées : le scénario aurait pu tourner autrement. Au lieu de réparer ses faiblesses, la France les a aggravées, décision après décision. Le rapport retient cinquante choix majeurs et structurels, classés en dix thèmes : démocratie, institutions et décentralisation ; école, culture et transmission ; économie, industrie et agriculture ; énergie et environnement ; État, fiscalité et finances publiques ; immigration et intégration ; modèle social et famille ; santé ; sécurité et justice ; souveraineté et Europe. Chaque décision est replacée dans son contexte, ses motivations sont analysées, ses effets cumulatifs chiffrés et comparés aux choix opérés par des pays semblables, à partir de sources publiques et privées incontestables.
Trois erreurs sur les mutations du monde
De cet examen se dégagent d’abord trois erreurs d’analyse majeures. La première a consisté à voir la mondialisation comme une vertu en soi et comme la fin des nations, alors qu’elle en était au contraire le zénith – nous vivons aujourd’hui le retour des empires et des nations, après avoir désarmé la nôtre. La deuxième tient au changement de nature de la construction européenne : de l’Acte unique de 1986 aux traités de Maastricht et de Lisbonne, certaines souverainetés essentielles ont été transférées à un niveau communautaire qui a largement échoué, organisant pour les Européens un véritable marché de dupes. La troisième est le refus de reconnaître la nature spécifique de l’islam, à la fois religion, code juridique et instance politique, et donc le caractère inédit des immigrations d’origine musulmane.

Trois illusions sur ce que peut l’État
L’analyse révèle ensuite trois illusions persistantes : l’incompatibilité entre les engagements extérieurs souscrits et les choix économiques intérieurs, l’extension continue et inefficace du domaine de l’État, dont l’accroissement des moyens va de pair avec celui de son impuissance, et un « bougisme » législatif – plus de 25 textes sur l’immigration, autant sur la simplification administrative, une vingtaine de réformes de la santé – qui paralyse l’action publique au lieu de traiter les enjeux de fond.
Quatre menaces sur la démocratie
De là découlent quatre menaces pour la démocratie : un sentiment de dépossession démocratique nourri par le contournement du référendum de 2005, une perte de confiance dans l’action de l’État, l’affaiblissement de la démocratie locale et des communes et la lourde responsabilité d’une classe dirigeante dont les décisions les plus dommageables n’ont presque jamais répondu à une demande des Français.

Une alerte mais surtout un immense espoir
Le rapport pointe enfin une constante préoccupante : la droite ne revient jamais sur les réformes structurelles de la gauche et affirme rarement ses convictions, par effet de cliquet et sous le magistère idéologique adverse. Mais sa conclusion est résolument tournée vers l’avenir : l’objectivation de l’ampleur des erreurs commises démontre symétriquement l’existence d’un potentiel de rebond colossal. Économies budgétaires considérables sans remise en cause des équilibres sociaux, rebond industriel porté par les révolutions technologiques, montée d’une volonté de réforme dans plusieurs pays européens : partout ou presque, la capacité de redressement est à la mesure des fautes passées. Ce premier rapport constitue ainsi le préalable indispensable au second, que l’Institut Thomas More publiera à l’automne prochain, consacré aux mesures à prendre pour redresser la France en 2027.
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Le rapport
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Les auteurs (coordination)
| Jean de Belot est administrateur de l’Institut Thomas More. Journaliste pendant vingt-et-un ans, il a notamment été rédacteur en chef des Echos et directeur de la rédaction du Figaro, avant de devenir vice-président d’Euro-RSCG. Depuis 2007, il dirige le cabinet Aria Partners (lobbying, communication sensible, accompagnement stratégique). A 67 ans, il dit appartenir à la « génération honte ». Celle qui a hérité, à la mort de Georges Pompidou, d’un pays heureux, dynamique, respecté et prometteur, qui a vu et compris où le pays sombrait du fait de l’accumulation historique de décisions néfastes. Mais sans parvenir à les éviter •
Tarick Dali est administrateur de l’Institut Thomas More. Journaliste de formation, après un passage au Figaro et au groupe Usine Nouvelle, IL a longtemps exercé dans l’industrie automobile, chez Valeo puis chez Volkswagen France avant de rejoindre un cabinet de conseil en communication, entre autres, pour sa connaissance de l’industrie. Il est l’auteur de deux ouvrages : En finir avec les bureaucrates européens (éd. Première Ligne, 1993) et Greenpeace ou l’écologie à l’an vert (éd. Première Ligne, avec Jean-Paul Picaper, 1995) • Jean-Thomas Lesueur est directeur général de l’Institut Thomas More. Au sein de son équipe de recherche, il supervise le suivi de la vie politique française. Il s’intéresse en particulier aux blocages politiques et institutionnels propres au « modèle français », à la décentralisation et à la défiance démocratie. Il réfléchit également aux questions politiques liées aux enjeux culturels et identitaires en France et en Europe • Remerciements. Pour réaliser ce rapport, nous avons fait appel à une vingtaine d’experts dans l’ensemble des domaines traités. Ils exercent leur activité professionnelle dans le secteur public ou dans le secteur privé et ont des engagements divers. C’est pourquoi, et à la demande de certains d’entre eux, nous ne publions pas leurs noms. Qu’ils soient, en revanche, tous ici chaleureusement remerciés pour leur engagement, leur compétence, le temps et les efforts qu’ils ont consacrés à nous aider dans cette tâche. Elle aurait été impossible sans leur participation et leur soutien • |
