Une étude montre que les transitions de genre ne produisent pas de bénéfices pour la santé mentale

Christian Flavigny, directeur de recherche à l’Institut Thomas More

19 février 2026 • Atlantico • Entretien •


Des chercheurs de Hong Kong ont constaté, dans une nouvelle étude, que les chirurgies d’affirmation de genre et les traitements hormonaux n’entraînaient aucune amélioration significative de la dépression et de l’anxiété. Pour Christian Flavigny, pédopsychiatre et directeur de recherche à l’Institut Thomas More, cela s’explique par le fait que les transitions de genres masquent la souffrance psychique sous-jacente, en particulier chez les adolescents, sans lui apporter de réponse durable.


Comment interprétez-vous ces résultats ? Constituent-ils, selon vous, un tournant dans l’évaluation scientifique des bénéfices psychiques des transitions médicales ?

Dans ma réponse à vos questions, je dois d’abord préciser : elle concerne les enfants et les adolescents, donc encore mineurs. Mais ce n’est pas la minorité comme fait de légalité qui explique de considérer à part cette frange de la population. C’est que leur jeune âge ne leur permet pas d’apporter le consentement éclairé aux prescriptions d’atteinte corporelle, médicamenteuse (bloqueurs de puberté, a fortiori hormones sexualisantes) et chirurgicales (dès la mastectomie chez la jeune fille) : l’impatience qui caractérise ces âges, saisis dans une souffrance effective, notamment l’adolescence, leur rend impossible d’en mesurer les incidences sur la vie future.

Là se concentre un débat depuis plusieurs dizaines d’années, entre la thèse des droits, qui permettraient à quiconque de réclamer de bénéficier des traitements qui lui sont présentés comme apportant un soulagement, même serait-il enfant (pour parer à la dénonciation de « discriminer selon l’âge »), et la nécessité d’une maturation tenant compte qu’il demeure impossible à cet âge de réaliser qu’il n’y a jamais le changement de sexe qui miroite à leurs yeux comme une délivrance psychique, mais seulement une adaptation des corps au « ressenti », ressenti qui n’est pas mis en doute mais ne résume pas l’identité sexuée.

Les questions de vocabulaire ont toute leur importance dans ce débat. Le fait de parler d’« identité de genre » est une terminologie trompeuse, orientant vers la logique nord-américaine des droits, qui ignore l’enjeu de la maturation psychique. Il s’agit en fait d’« identité sexuée ». Plus encore, que celle-ci ait été assignée à la naissance sous-entend fallacieusement que les parents désigneraient garçon ou fille selon un arbitraire possible, ce qui prouverait leur « domination ». Or, ils n’ont fait que le constater, à la suite de l’annonce de la sage-femme au vu des organes génitaux visibles (cet excès provenant de la pensée nord-américaine, résulte d’une dérive de sa réflexion sur les « enfants intersexes » : or, que le constat ait induit en erreur dans ces (très rares) situations, ce qui ne prouve en rien un arbitraire parental).

Revenons à votre question. L’étude à laquelle vous faites allusion apporte une rigueur indispensable aux recherches. Elle précise ce que l’on savait déjà, avec le grand mérite de le conforter : l’apaisement de l’angoisse de sexuation pubertaire par les traitements médicaux et chirurgicaux n’est qu’à très court terme. Bien des études s’étaient satisfaites de ce résultat, sans tenir compte des suites à plus long terme – et notamment du phénomène qui a longtemps été nié par elles : les regrets et les demandes de détransition.

Mais le tournant dont vous parlez va bien au-delà. Ce qui se dévoile enfin, c’est la manipulation des résultats dans des études pourtant parues dans des revues se réclamant d’objectivité, et dont il apparaît qu’ils ont été détournés pour valider que soient entreprises, dès l’adolescence, voire l’enfance, les prescriptions médicales et les interventions chirurgicales. L’organisation WPATH (World Professionnal Association for Transgender Health), qui se voulait donner le la des pratiques, semble bel et bien concernée par cette falsification.

Les auteurs soulignent que le soutien social et les stratégies d’adaptation sont les principaux prédicteurs de l’évolution de l’état psychique. Cela plaide-t-il, selon vous, pour un recentrage des prises en charge vers un accompagnement psychothérapeutique approfondi plutôt que vers une médicalisation précoce dans le cadre des transitions de genre ?

« Accompagnement psychothérapeutique » : il faut préciser de quoi l’on parle. Une demande d’être soulagé d’une souffrance est justifiée à tout âge. Encore revient-il au médecin de soulager l’effet en évaluation de la cause : une fièvre justifie ou non des antibiotiques selon qu’elle d’origine virale ou bactérienne.

La souffrance est intense dans la « manifestation transgenre ». Pour le soulager dans une éthique médicale, il faut interroger : qu’est-ce qui fait ne pas se sentir bien dans son corps et estimer pouvoir se sentir mieux dans le corps de l’autre sexe ? Tout médecin, tout chirurgien doit se poser la question : s’agit-il que ce jeune est « né dans le mauvais corps », comme il le dit, reprenant l’explication qui validerait alors de transformer celui-ci ? Il n’existe aucun début de preuve de cette piste explicative, d’ailleurs dépourvue de toute cohérence scientifique.

La piste d’une « angoisse de sexuation pubertaire » a été promue en France sous l’égide de l’Observatoire de la Petite Sirène. Elle découle d’une connaissance approfondie que la pratique psychologique française connaît de longue date.

Le développement des progrès médicaux et chirurgicaux fait miroiter une solution au désarroi que vivent ces jeunes ; il est justifié de ne les envisager qu’après l’âge de 19 ans, comme le réclame désormais l’American Society of Plastic Surgeons (2026), car alors la maturité peut aborder de savoir (outre les conséquences médicales lourdes des traitements envisagés) qu’il ne s’agira pas de « transition » mais d’adaptation vers les apparences sexuées de l’autre sexe (la psychologie recommanderait plutôt l’âge de 25 ans, mais ne discutons pas ce point ici).

Parler d’« accompagnement psychothérapeutique » ne doit pas tromper. La visée est de soulager, mais en connaissance de cause, donc de soigner. C’est ce que les tenants de l’interventionnisme corporel à tous âges tentent d’empêcher, amenant en France et dans d’autres pays européens, l’interdiction desdites « thérapies de conversion », façon d’entraver le rôle des parents et des professionnels qui ne seraient pas « trans-activistes » en les faisant soupçonner d’une intention cachée de faire obstacle au vœu du jeune.

L’aberration d’une telle loi découle d’une erreur qui porte sur l’intention et sur la compréhension. L’intention des parents est le bonheur de leur enfant – bien sûr selon leurs idées à eux. Qu’ils soient déroutés et parfois interrogatifs sur le fait que cela passe par une transition corporelle tôt entreprise, mérite d’être entendu par le jeune – c’est un signe de leur intérêt pour celui-ci. Car il y a la compréhension : les professionnels formés dans la tradition de l’école psychologique française savent que la maturation nécessaire à l’enfance et à l’adolescence doit inclure le point de vue des parents. Non pour y soumettre le jeune, mais par cohérence de la démarche psy : il participe au plan psychoaffectif de l’identité sexuée de leur enfant – même celui-ci s’en distanciant. Le psy ne prend aucun parti dans le « dialogue »souvent tendu entre les parents et le jeune (« vous ne me comprenez pas, vous ne m’avez jamais compris », etc.). Mais il replace le désarroi de ce dernier dans une dynamique relationnelle, réfutant l’imputation d’une « assignation » (de genre). En atteste l’approche des désarrois psychologiques de l’adolescence voisins de la manifestation transgenre, par exemple l’anorexie mentale de la jeune fille, qui est une épreuve lors de l’accès à la maturité sexuelle féminine.

La réclamation de « la transition » réclame un droit de « s’autodéterminer », principe si majeur de l’individualisme nord-américain qu’il a tenu à ce qu’il s’applique aux enfants et aux adolescents. X’est omettre la construction psychique, qui certes connaît ses désarrois, dont il n’y a pas de fautif déclaré, ni le jeune ni les parents, mais un entrelacement du vécu psychologique que l’approfondissement psychologique peut et sait démêler.

L’approche psy en âge d’enfance et d’adolescence est donc déterminante, avec une double visée. D’abord diagnostique : les études, en particulier un rapport britannique (Cass review, 2020) ont montré la fréquence de problématiques psychoaffectives masquées derrière l’affirmation d’être de l’autre sexe. Ensuite pour engager un démêlement psychoaffectif, qui a « l’inconvénient » (aux yeux de l’impatience du jeune) de ne pas apporter le soulagement immédiat mais qui permet de le responsabiliser. Il décidera, mais plus tard : à 19 ans, ou plutôt à 25 ans, ce qui est la voie choisie de son mieux-être.

L’étude montre une amélioration du sentiment de « congruence de genre » sans amélioration significative de l’humeur. Comment comprenez-vous ce décalage ? Peut-on y voir l’indice que la transition de genre traite le symptôme identitaire sans nécessairement résoudre la souffrance psychique sous-jacente ?

La recherche médicale récente avère le scandale qu’a été de précipiter nombre de jeunes dans des actes médicaux irréversibles. Transcrivons en langage accessible : l’« incongruence de genre », le fait de se sentir mal dans sa peau et de penser être mieux dans celle de l’autre sexe, agite les pensées d’enfants et de jeunes. Cela agit sur l’« humeur », disons sur leur moral. La pensée suicidaire peut infiltrer ce désarroi. Elle est une problématique insistante à cet âge, que les pédopsychiatres connaissent bien.

Elle traduit la crainte d’avoir déçu les idéaux de ses parents, de n’avoir pas été à la hauteur pour les honorer. La souffrance est envahissante. Mais elle est prisonnière de la difficulté qu’aborde l’adolescence, celle de se forger ses propres idéaux : en référence avec ceux des parents, mais aussi en s’en démarquant. De tels sentiments sont au cœur de toute approche psychologique. « La transition de genre ne traite pas le symptôme identitaire » ? Surtout, elle est une échappatoire au désarroi de décevoir – ce qui est l’épreuve suprême de la vie psychique à cet âge.

La transition de sexe est le leurre d’une solution au malaise identitaire sexué – mieux vaut lui trouver d’autres voies – permettre au jeune de trouver la sienne propre. Il est réducteur d’appeler tout cela « troubles de l’humeur ». Mais les statistiques médicales recourent à ce type de vocabulaire.

Cette étude remet-elle en cause le consensus répandu sur le fait que les soins d’affirmation de genre soulageraient, sur le plan psychologique, les patients souffrant de détresse liée au genre, y compris les enfants, et qui sont sujets à la dépression et aux idées suicidaires ? Le récent article publié dans les colonnes de The Atlantic témoigne-t-il d’une évolution dans la perception de la transition de genre chez les enfants ? Cela doit-il conduire à revoir les parcours de transition, notamment en France ?

Les travaux médicaux évaluent les pratiques. Les études récentes commencent à montrer que l’apaisement de la souffrance en validant chez les jeunes le mirage d’une transition corporelle, apportait un soulagement immédiat au prix de risques médicaux majeurs pour l’avenir, voire d’une immense déception.

L’aide psychologique approfondit la « détresse liée au genre » (je ne reviens pas sur l’erreur de terminologie), elle n’est pas en soi la cause d’idées suicidaires – ce qui a été utilisé pour faire pression sur les parents sommés de « préférer un garçon vivant à une fille morte », pour les pousser à donner leur accord à la médicalisation. La cause est la même, du désarroi sexué et des pensées suicidaires : la confrontation difficile aux idéaux évoqués plus haut. La crainte de décevoir les idéaux (ceux des parents), sans avoir réussi à s’en édifier des plus personnels, sans renier ceux deux parents mais en s’en affranchissant – c’est la grande thématique de l’adolescence, et c’est le levier d’action du pédopsychiatre.