Pourquoi l’immigration fut une chance pour la France

Christian Flavigny, directeur de recherche à l’Institut Thomas More

3 juin 2026 • Valeurs actuelles • Opinion •


En abandonnant l’universalisme de la culture française, notre pays n’arrive plus à accueillir correctement les migrants. En faisant un parallèle inattendu entre assimilation et adoption, Christian Flavigny, pédopsychiatre et psychanalyste, qui vient de publier La France écartelée. Entre américanisation et islamisation (Téqui, 2026), montre tout ce que la France aurait à gagner à tourner le dos au modèle multiculturel américain qu’elle a adopté.


L’immigration fut une chance pour la France tant qu’elle accueillait depuis sa culture. Le principe de l’assimilation attribuait aux personnes natives d’ailleurs une place similaire à celle des personnes natives du pays, tout comme sur le plan familial l’adoption plénière, principe original à la France, confère à l’enfant né ailleurs une place pleinement semblable à celle de l’enfant natif du couple. Cela illustre le principe universaliste de la culture française : il base le respect de chacun sur le lien créé par l’adhésion à une culture commune, surmontant les critères superficiels qui différencient: de provenance, de race, de religion, etc.

À l’inverse, le multiculturalisme de la culture nordaméricaine part de la prise en compte de ces critères ; l’intégration est cherchée dans une équité à leur égard, traquant toute « discrimination », qui fut la faute dont hérite l’histoire des États-Unis et que ce pays cherche à surmonter. Il le fait selon un pragmatisme réaliste qui est sa tradition ;l’équivalent familial en est l’open adoption : l’enfant venu d’ailleurs quitte la femme qui lui a donné naissance par un contrat juridique noué avec sa famille adoptante. L’intégration anglo-saxonne gère la diversité là où la française unifie en un idéal, patriotique ou familial : la première manière est moins sécurisante : l’intégration est centrée sur l’apport économique et l’enfant adopté qui ne s’intègre pas est proposé à une nouvelle famille, aujourd’hui via des sites Internet dédiés.

L’embarras actuel de la société française provient d’avoir délaissé ses manières propres, important les principes de la culture anglo-saxonne. Est-ce l’effet d’une illusion moderniste confondant progrès et américanisation ? Cela a piégé l’accueil à la manière française.

Avide d’afficher ses pratiques et ses mœurs, l’islam s’engouffre dans notre renoncement et l’immigration l’aiguise. Leur opposer le principe français de laïcité exacerbe la vindicte : héritier de notre débat passé avec le pouvoir de l’Église catholique, il est incompris dans le monde entier. Les États-Unis, pays multireligieux où la Bible est omniprésente, et désormais le Coran, l’estiment liberticide, tandis que l’islam tient la France pour un pays de « mécréants », le comprenant comme le détachement de toute référence sacrée.

Demander à l’islam de se soumettre aux principes de la société française est justifié. Il ne le fera que si celle-ci défend sa culture, qui puisa historiquement au droit romain reformulé par le droit ecclésiastique élaboré dans lesmonastères du XIIe siècle, qui s’est laïcisé ensuite sous l’égide des Lumières.

Tant que sera négligée la matrice catholique de la culture française, l’islam nous combattra. Or, cette matrice est un fait d’histoire : elle est l’inspiratrice du droit français actuel, de même que la common law régit les lois des pays anglo-saxons et la charia les pays d’islam.

Nous ne pouvons être accueillants qu’en étant nous-mêmes, fruits de notre histoire, que Marc Bloch disait reposer sur deux piliers : le sacre de Reims et la fête de la Fédération. Constitutionnaliser les racines catholiques de la France est une condition préalable pour que l’immigration redevienne « une chance pour la France ».