Giorgia Meloni · Les raisons de sa longévité… et les leçons pour 2027

Tristan Audras, chercheur associé à l’Institut Thomas More

16 septembre 2026 • Valeurs actuelles • Analyse •


Nommée présidente du Conseil le 22 octobre 2022, Giorgia Meloni a célébré le 4 septembre dernier ses 1 413 jours à la tête du gouvernement italien, dépassant ainsi le record de longévité d’un même exécutif sous la République détenu jusque-là par Silvio Berlusconi. Dans un pays marqué par l’instabilité politique, alors que beaucoup prédisaient l’effondrement rapide de sa coalition, la première femme à diriger le gouvernement italien tient bon. Comment expliquer cette longévité ?


La longévité de Meloni s’explique d’abord par une politique économique jugée responsable. La Repubblica qualifie la discipline budgétaire de « stella polare » du gouvernement. Le redressement est spectaculaire : le déficit, qui atteignait 8,1 % du PIB en 2022, devrait revenir à 2,9 % en 2026, selon la Commission européenne. La fin du Superbonus, la suppression du revenu de citoyenneté et les coupes dans les budgets ministériels ont contribué à cette amélioration. Le ministère de l’Économie et des Finances estime qu’en 2025, 219 mesures de réduction des dépenses ont permis 3,19 milliards d’euros d’économies.

Cette discipline a renforcé la crédibilité de Rome à Bruxelles. En juin 2026, la Commission a estimé que l’Italie avait pris des « mesures effectives » pour corriger son déficit excessif et n’a pas durci la procédure ouverte en 2024. Les marchés ont également changé de regard : le spread entre obligations italiennes et allemandes, proche de 233 points à l’automne 2022, est tombé sous les 80 points début septembre 2026. Fitch a relevé la note de l’Italie en septembre 2025, puis Moody’s deux mois plus tard.

La stabilité de Meloni tient aussi aux difficultés persistantes de ses adversaires à construire une offre de gouvernement crédible. Le Parti démocrate et le Mouvement 5 étoiles restent divisés sur le leadership comme sur le programme. Le Corriere della Sera parle d’un « casse-tête plein de tensions » autour de la désignation d’un candidat commun. Surtout, l’arithmétique électorale demeure défavorable : PD et M5S ne totalisent qu’environ 33 % des intentions de vote, contre près de 41 % pour la coalition de droite.

Les divergences sont également profondes en politique étrangère. Sur l’Ukraine, Giuseppe Conte affirme que le M5S ne votera plus de nouvelles livraisons d’armes et défend une « svolta negoziale », c’est-à-dire une priorité donnée à la négociation avec Moscou. Le PD d’Elly Schlein maintient au contraire son soutien militaire à Kiev. Cette fracture affaiblit la crédibilité du « campo largo » et sert Meloni, elle-même alignée sur la posture européenne.

La division de la gauche permet aussi à Meloni de contenir son aile droite en poursuivant une politique probante sur plusieurs marqueurs de droite. Au 10 août 2026, les autorités recensaient 17 176 arrivées de migrants depuis le début de l’année, contre 37 952 un an plus tôt. Le contraste avec 2023, où 157 651 personnes avaient débarqué en Italie, est saisissant. Dans le même temps, les éloignements et retours ont progressé de 34 %. Rome peut également se prévaloir d’avoir influencé le débat européen : La Repubblica relevait en mai que l’approche italienne des flux migratoires était devenue en partie l’approche européenne, notamment avec les « return hubs », qui rappellent la logique des centres négociés avec l’Albanie.

En matière de sécurité, le gouvernement a multiplié les textes renforçant les sanctions contre les squats illégaux, certains blocages de routes, la délinquance juvénile ou le port d’armes blanches. Le décret Sécurité de 2025 a introduit 14 nouvelles infractions et 9 circonstances aggravantes. Les chiffres sont favorables : au premier semestre 2026, le ministère de l’Intérieur a enregistré une baisse de 10 % des infractions, avec -15,3 % pour les homicides volontaires, -11,4 % pour les vols et -12,3 % pour les braquages. Cet activisme vise aussi à contenir la poussée de Roberto Vannacci et de Futuro Nazionale, qui tente de déborder Meloni sur sa droite. La Stampa lui prêtait ainsi en juillet cette formule : « Je ne laisse pas la sécurité à Vannacci ».

La longévité de Meloni s’explique ainsi autant par ses résultats que par la faiblesse de ses adversaires et alliés. Pourtant, longévité ne signifie pas que son gouvernement soit épargné par l’usure du pouvoir. Plusieurs grandes réformes institutionnelles annoncées en début de mandat ont rencontré d’importants obstacles. La réforme de la justice, qui voulait notamment inscrire la séparation des carrières des juges et des procureurs dans la Constitution, a par exemple été rejetée lors du référendum de mars dernier.

Malgré 53 % des Italiens qui estiment que le pays va dans la mauvaise direction, Meloni conserve un socle électoral remarquablement stable. Selon SWG, son parti Fratelli d’Italia reste largement le premier parti d’Italie avec 26,8 % des intentions de vote, soit presque son niveau des élections de 2022. Et surtout, ses électeurs restent extrêmement fidèles : 84 % approuvent son action sur l’immigration et la politique étrangère, et 79 % sur l’économie.

À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, la solidité de cette trajectoire, assez exceptionnelle dans le contexte italien, mériterait d’être méditée par les différents candidats de la droite française : elle montre qu’une candidature peut consolider durablement son socle en conjuguant rigueur budgétaire assumée et fermeté sur l’immigration et la sécurité…