L’Initiative des Trois Mers · Opportunité américaine ou perspective européenne ?

Alexandre Hogu, assistant de recherche à l’Institut Thomas More

Octobre 2026 • Note 83 •


L’urgence de porter une attention accrue à ce qui se passe dans l’espace est-européen

Alors que sont régulièrement rapportées des incursions de drones russes sur les rives du Danube, que les espaces aériens letton et estonien sont violés par des avions russes et que la collaboration russo-chinoise obtient des succès en Arctique, la nécessité d’un espace est-européen défendable et dissuasif s’avère de plus en plus urgente. Partant, les tentatives de coordination régionale, aussi bien sur le plan économique que militaire, méritent attention.

L’Initiative des Trois Mers est une plateforme régionale prometteuse qui peine cependant à prendre de l’ampleur

Le manque de leadership disperse ses forces et diminue son attractivité auprès des capitaux privés. Elle s’est pourtant élargie au fil des années et dispose aujourd’hui de liens étroits avec de plus en plus de partenaires stratégiques. De plus, ses domaines d’intérêt se sont multipliés selon les nouveaux enjeux mondiaux et régionaux – intelligence artificielle, cyber, usage dual des infrastructures civiles notamment.

Les États-Unis sont le principal partenaire de l’Initiative des Trois Mers

Développant leurs terminaux de gaz naturel liquéfié, ils répondent aux besoins créés par la situation en Ukraine et s’imposent comme la première alternative au gaz russe. Leur soutien depuis les débuts du forum, aussi bien politique qu’économique, a longtemps fait craindre une instrumentalisation de la plateforme en vue de concurrencer l’Union européenne. Ainsi les accords bilatéraux signés cette année avec de nombreux États de la région dans le secteur nucléaire participent-ils d’une stratégie pensée en amont par les think tanks conservateurs. À ce titre, l’Initiative des Trois Mers compte parmi les instruments américains pour une pénétration économique accrue en Europe centrale et orientale.

La France doit changer d’approche

Paris a délaissé ladite initiative, ce qui l’a marginalisée, alors que l’Allemagne, la Commission européenne, l’Espagne et même l’Italie en sont devenues des « partenaires stratégiques ». Pour autant, la porte n’est pas fermée et la France dispose d’entreprises qu’elle peut mettre en avant pour répondre aux besoins de la région.

Le manque de leadership est ce dont le forum souffre le plus

Alors que les États-Unis l’utilisent afin de promouvoir leurs intérêts géoéconomiques, les pays de l’Europe de l’Ouest doivent mettre en avant leur vision du développement en Europe centrale et orientale. Dans un contexte marqué par l’ombre de la Russie, les infrastructures d’interconnexion doivent autoriser un usage aussi bien civil que militaire qui permette à la fois de poursuivre une politique de développement régional et une meilleure mobilité des forces militaires en cas de conflit. Ainsi, l’exploitation de ressources énergétiques européennes doit-elle se poursuivre et être intégrée dans une réflexion stratégique globale.

La Pologne est amenée à devenir un acteur moteur de l’Initiative des Trois Mers et à contribuer à faire de la plateforme un outil au service de la défense européenne

Déjà, par son poids économique, elle tend à influer sur ses structures financières. Également, son intégration au sein du G20, alors que le PIB du pays dépasse depuis quelques années les 1 000 milliards de dollars, marquerait une étape majeure dans l’élévation de la Pologne au rang de puissance régionale capable de représenter l’Europe centrale et orientale sur la scène internationale.

La dynamique récente de l’Initiative des Trois Mers s’inscrit dans un intérêt croissant pour l’Europe centrale et orientale

La situation internationale est de plus en plus polarisée. Pour cette raison, la participation de plusieurs pays membres du forum à la Pax Silica en février 2026 a accordé une place à la région dans la chaîne d’exploitation des terres rares, en particulier pour ce qui concerne la transformation de ces dernières.

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L’auteur


Alexandre Hogu est assistant de recherche à l’Institut Thomas More. Titulaire d’une bi-licence en Histoire mention Sciences politiques à l’Institut Catholique de Paris (ICP), il est actuellement étudiant en Master de Relations internationales avec pour langue orientale le roumain à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO), dans le but de devenir enseignant-chercheur. Il a rejoint l’équipe de recherche de l’Institut Thomas More en 2024, où il suit particulièrement la géopolitique de l’Europe orientale et du sud-est, de la mer Noire et des espaces roumanophones (Roumanie et Moldavie) •

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