Le Brexit et l’avenir de l’Europe

Jean-Sylvestre MONGRENIER, Chercheur associé à l’institut Thomas More

Février 2016 | Dix Points clés 12


Dans un contexte de profonde incertitude pour l’avenir de l’Europe, le Conseil européen des 18 et 19 février prochains sera consacré aux demandes de réformes britanniques. Si David Cameron peine à développer une vision d’ensemble de l’Europe, ses partenaires ne sont guère plus précis et volontaires. La possibilité d’un « British Exit », avec de dangereuses conséquences pour l’Union européenne devrait pourtant inciter à concevoir un ensemble politique à la fois uni et flexible, avec différents niveaux d’intégration. L’objectif pour l’Europe serait de défendre la liberté et de prendre sa part dans la défense de l’Occident.

Depuis la crise économique de 2007-2008 et le retrait partiel des théâtres d’opérations du Grand Moyen-Orient (Irak, Afghanistan), l’opinion publique et les dirigeants britanniques semblent privilégier les questions intérieures. Malgré le soutien au pouvoir central afghan et la participation à la coalition engagée contre l’« État islamique », le Royaume-Uni apparaît comme moins investi dans les affaires du monde, au point de laisser penser que les « Little Englanders » pourraient l’emporter sur les partisans du « Grand Large ». Certes, le vote parlementaire en faveur de bombardements sur le sol syrien, le 2 novembre 2015, corrige cette impression. Par ailleurs, la construction de deux porte-avions atteste du fait que Londres veut continuer à peser dans les équilibres mondiaux.

Pourtant, le prochain référendum sur l’appartenance à l’Union européenne, avec une possible victoire du « non », hypothèque l’avenir. Un éventuel « Brexit » (« British Exit ») fragiliserait le régime de puissance du Royaume-Uni et ses contrecoups ébranleraient l’Union européenne, déjà mise à mal par la tentation du « chacun pour soi ». En regard des enjeux, une négociation de haut niveau s’impose, avec pour objectif un « compromis loyal » dont les lignes de force seraient les suivantes : la claire reconnaissance du statut spécifique du Royaume-Uni et la consolidation économique et politique de la zone Euro, au sein d’une Union européenne qui fonctionnerait selon le principe de la géométrie variable et pourrait contribuer effectivement à l’équilibre du monde.