Politiques énergétiques européennes · 10 questions, 10 réponses pour l’avenir

Hildegard von Liechtenstein, ingénieur biologiste et docteur en pharmacie, spécialiste des effets de la technologie nucléaire sur l’environnement

Mars 2006 • Note 7 •


Le 8 mars 2006, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a présenté un Livre vert sur la Politique européenne de l’énergie. Trois mois après la crise pétrolière provoquée par la Russie et à la veille du Conseil européen de Bruxelles (24-25 mars), la question énergétique agite l’Union européenne et donne lieu à un flot d’analyses. Le Livre vert de la Commission ouvre un grand débat public qu’il faudra suivre de près. Il explore en particulier six domaines prioritaires : « achèvement du marché intérieur de l’énergie », « solidarité entre Etats membres », « bouquet énergétique durable, efficace et diversifié », « enjeux liés au réchauffement climatique », nouvelles « technologies énergétiques stratégiques » et « politique énergétique extérieure commune ».

Alors que nous nous savons définitivement entrés dans l’époque du « pétrole cher » et que l’on a compris, grâce à la « guerre du gaz » ouverte l’hiver dernier par le conflit russo-ukrainien, l’importance que Moscou joue et jouera à l’avenir dans le jeu énergétique européen, on se réjouirait plutôt que la Commission prenne le dossier au sérieux. Mais dans l’article – paru dans de nombreux journaux européens – qui accompagnait le lancement du Livre vert, signé José Manuel Barroso et Andris Piebalgs, Commissaire européen pour l’énergie, on pouvait lire ces phrases étonnantes : « Europe needs to set the framework for different low-carbon energies to thrive. For some, that might mean wind power, for some, solar power and for others, clean coal. Some member states are considering the further development of nuclear power. We do not have the luxury of promoting one energy source to the exclusion of others ». L’éolien, le solaire, le charbon propre et, subsidiairement, presque en cachette, le nucléaire !… Etonnante inversion, curieux déni du réel !…

Le réalisme : voilà le maître-mot de l’étude présentée ici par Hildegard von Liechtenstein. En dix questions et dix réponses, elle passe au scanner la situation énergétique européenne. Le pétrole et le gaz ? On sait les ressources limitées ; il faudrait limiter au maximum leur utilisation dans la production d’énergie. Le charbon ? Encore bon marché, il est le grand pollueur. Les énergies renouvelables ? S’il est souhaitable d’explorer toutes les pistes et de multiplier les travaux de recherches pouvant mener à des résultats significatifs, il est illusoire de penser que l’éolien ou le solaire puissent rapidement couvrir une part importante des besoins énergétiques européens. Le nucléaire ? Très mal perçu dans la plupart des pays, il réunit pourtant deux qualités certaines : il produit l’énergie la moins coûteuse et il est le mieux à même d’assurer l’indépendance énergétiques des pays de l’Union Europeénne.

Et à l’orée d’un siècle où l’énergie sera à coup sûr l’un des principaux motifs d’action du « Grand Jeu » international, ce dernier argument n’est pas à négliger. Cette septième Note de l’Institut Thomas More est une note de combat, un plaidoyer pour le réalisme et le courage politique, un vade mecum pour les lucides.