Face à l’« État islamique » • Après la reprise de Kobané, le retour de la question kurde

Le fait d’armer et de soutenir les Kurdes pourrait avoir de lourdes implications géopolitiques : la séparation du Kurdistan irakien de l’État central, le soutien aux Kurdes de Syrie en lutte contre l’« État islamique », le changement de posture vis-à-vis du PKK réclamé par certains, voire l’organisation d’un vaste État kurde et la mise en péril de l’alliance avec la Turquie…

           

Février 2015 • Note d’actualité 27 •


En reprenant Kobané à l’« Etat islamique », le 27 janvier dernier après de violents et terribles combats, les Peshmergas ont remis la question kurde sur le devant de la scène internationale. Pour eux, cette lutte est bien sûr d’abord une réponse à une menace sanglante, mais c’est aussi une opportunité historique. Les enjeux de cette nouvelle guerre au Moyen-Orient sont multiples. Ils mettent les Occidentaux et leurs alliés, la Turquie en premier lieu, face à de lourds dilemmes géopolitiques. Pendante depuis les années 1920, la question kurde ressurgit avec force et s’impose à l’Occident. Le fait d’armer et de soutenir les Kurdes pourrait avoir de lourdes implications géopolitiques : la séparation du Kurdistan irakien de l’État central, le soutien aux Kurdes de Syrie en lutte contre l’« État islamique », le changement de posture vis-à-vis du PKK réclamé par certains, voire l’organisation d’un vaste État kurde et la mise en péril de l’alliance avec la Turquie. Décryptage…

Quatre mois de combats sanglants ponctués de frappes aériennes de la coalition internationale ont fini par avoir raison de l’offensive de l’« État islamique » sur la ville kurde de Kobané : les combattants djihadistes en ont été chassés le mardi 27 janvier 2015, laissant derrière eux, comme à l’accoutumée, ruines et désolation. Cette bataille urbaine, qui passera sûrement à la postérité comme un exemple supplémentaire des « guerres urbaines » aux côté des Grozny, Mogadiscio, Bagdad ou Sarajevo, pourrait également constituer un tournant symbolique et politique de taille pour l’évolution de la question kurde. Si cet évènement ne marque certainement pas le début de la fin de l’« État islamique», c’est tout de même la première fois que des Kurdes du PYD (Parti de l’Union Démocratique, Kurdes de Syrie), du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) et des Peshmergas de la région autonome kurde d’Irak se battent ensemble contre un ennemi commun, à quelques encablures de la frontière avec la Turquie, pays sans doute le plus inquiet des nouvelles dynamiques kurdes suscitées par le(s) chaos syro-irakien(s).

En effet, dès les premiers jours de l’offensive des combattants de l’« État islamique » en Irak, les Kurdes, et leurs combattants, les Peshmergas, se sont retrouvés en première ligne sur le terrain et ont surgi sur le devant de la scène. En effet, le 14 juin 2014, le Président de la région du Kurdistan irakien Massoud Barzani annonçait qu’« afin de protéger le peuple du Kurdistan et ses groupes ethniques et religieux ainsi que son gouvernement, les forces des Peshmergas ont été déployées dans toutes les zones abandonnées par l’armée irakienne ». Ainsi, les Kurdes d’Irak prenaient le contrôle de Kirkouk, « la Jérusalem kurde », entre autres. Ils ont donc profité de la déliquescence de l’État irakien, suite à l’offensive de l’« État islamique », pour étendre leur sphère d’influence au-delà des frontières reconnues du Kurdistan irakien autonome.

En effet, les craintes de nettoyage ethnique de la ville par les djihadistes étaient fortes et ont justifié cet engagement pan-kurde ainsi que celui de la coalition internationale par la voie aérienne (sur le modèle des opérations menées à Benghazi en Libye en 2011). Prépondérants dans les opérations de combat au sol, les Kurdes, bien qu’inégalement entraînés et équipés, sont de farouches combattants. Pour eux, cette lutte est une réponse à une menace sanglante, mais aussi une opportunité historique. Les enjeux de cette nouvelle guerre au Moyen-Orient sont multiples. Ils mettent les Occidentaux et leurs alliés, la Turquie en premier lieu, face à de lourds dilemmes géopolitiques. Pendante depuis les années 1920, la question kurde ressurgit avec force et s’impose à l’Occident. Le fait d’armer et de soutenir les Kurdes pourrait avoir de lourdes implications géopolitiques : la séparation du Kurdistan irakien de l’État central, le soutien aux Kurdes de Syrie en lutte contre l’« État islamique », le changement de posture vis-à-vis du PKK réclamé par certains, voire l’organisation d’un vaste État kurde et la mise en péril de l’alliance avec la Turquie.