Consolider le développement · Les atouts de l’assurance

Michel Vaté, professeur émérite à l’Université de Lyon, chercheur associé à l’Institut Thomas More

Mai 2021 • Note 48 •


Au-delà du développement économique, le développement humain

Il n’y a pas de recette miracle pour combler les retards de développement. A force de réduire le concept de développement à la seule dimension de la croissance économique, et, pire, de réduire la croissance économique à la simple expansion d’un agrégat macro-économique – surtout lorsqu’il s’agit d’un indicateur aussi contestable que le trop commode PIB – on finit par laisser de côté l’essentiel. Pour une collectivité donnée, et ce n’est pas une question d’échelle, il y a développement économique lorsqu’elle augmente sa capacité de « faire » (c’est-à-dire de produire des richesses), d’en tirer une amélioration du bien-être de ses membres et de préserver cette capacité pour l’avenir. Ce processus requiert un certain degré de compliance structurelle sans laquelle il ne saurait se poursuivre. Mais il nécessite aussi que la population puisse mobiliser dans ce but un mélange complexe d’aptitudes, de liberté, d’autonomie, et de sûreté. C’est ce que l’on peut appeler le développement humain.

Les risques, obstacle majeur au développement

Dans la recherche de moyens efficaces pour améliorer le sort des populations les plus défavorisées de la planète, résoudre le « mystère » du développement revient à inventer une boucle du développement économique sur le développement humain, et vice versa. Or un obstacle majeur est ici la somme considérable des risques auxquels ces populations sont exposées en permanence, alors qu’elles sont dépourvues des moyens de les anticiper, de les éviter et d’en réparer les dommages.

Les atouts de l’assurance

A cet endroit, les techniques d’assurance entrent en scène, fortes des avantages dont les pays riches ont su profiter depuis des siècles. Tout au long de la chaîne de la vie active – être, faire, avoir – les outils de partage ou de transfert des risques sont là pour protéger les acquis qui résultent des efforts accomplis, et pour sécuriser les perspectives de progrès que chacun est en droit d’attendre de ses initiatives. C’est bien en renforçant les capabilités (A. Sen) et la sûreté de la propriété (J.B Say, H. de Soto) que la gestion des risques soutient et stabilise un processus de développement. L’ampleur du défi à relever commande de mobiliser les outils de calcul et les instruments financiers les plus modernes. Dans le partage/transfert des risques, chaque unité – petite ou grande, individu ou institution – assume, selon un schéma d’intelligence massivement parallèle, sa part d’un calcul global dont le résultat dépend de la contribution de chacune, mais dont dépend aussi le bénéfice pour chacune.

La réassurance pour faire face à la vulnérabilité

Parce qu’elle menace la boucle du développement, en tout lieu et à tout instant, la grande vulnérabilité est cause de pauvreté et frein au développement. Elle trouve en face d’elle les armes de l’assurance qui ont pour objet de protéger les gens et les territoires, et de stabiliser les trajectoires individuelles et collectives. Les règles de l’assurabilité sont draconiennes. Celles de la solvabilité le sont tout autant. On verra, dans les pages qui suivent, comment elles conduisent vers le monde de la réassurance qui ne connaît plus d’autres limites que celles de l’accès au marché financier mondial.


 


 

En même temps que cette nouvelle note, Michel Vaté publie un rapport intitulé « Innover contre la pauvreté : vulnérabilité, réassurance, développement », qui en constitue le prolongement opérationnel. En se fondant sur les atouts de l’assurance, il montre comment, sous le nom de Planète Ré, la mise en œuvre des plus récentes innovations peut aider à relever les défis de la pauvreté et de la vulnérabilité. Planète Ré serait conçu sur le modèle d’une réserve de sécurité destinée à faire face à des aléas d’ampleur exceptionnelle. Pour que le système envisagé soit viable, il faut qu’il ait la capacité d’encaisser le choc des sinistres majeurs : au niveau de Planète Ré, cela signifie concrètement que le niveau de la réserve ne baisse que si la charge globale des sinistres est si élevée qu’après avoir fait jouer les clauses d’intervention des réassureurs successifs, un excédent de pertes déclenche, en dernier ressort, l’intervention de Planète Ré.

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L’auteur de la note

Michel Vaté est professeur émérite à l’Université de Lyon et ancien Doyen de la Faculté de Sciences économiques de Lyon. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, contributions et articles. il a participé au programme Social Re (BIT/Banque Mondiale) sur l’assurabilité des risques dans les pays pauvres. La première édition de sa note Réassurer la planète par l’Institut Thomas More et sa participation à la « 2nd Microinsurance Conference » (Cape Town) ont ouvert une série d’articles qui préconisent un système mondial de réassurance en appui aux stratégies de développement. Il a donné de nombreuses publications et conférences sur ces sujets en Europe et en Afrique, aux États-Unis, au Canada, en Inde et à Singapour.

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