Dysmorphie de genre · L’étude finlandaise qui établit que les opérations de réassignation sexuelle aggravent l’état psychologique des adolescents

Christian Flavigny, directeur de recherche à l’Institut Thomas More

17 avril 2026 • Atlantico • Entretien •


Vingt-cinq ans de suivi, des centaines d’adolescents observés jusqu’à l’âge adulte : l’étude finlandaise dirigée par le professeur Riittakerttu Kaltiala vient d’apporter ce que le débat sur la transidentité des mineurs attendait — et redoutait. Sa conclusion est sans appel : la réassignation médicale et chirurgicale ne soulage pas la souffrance des jeunes qui se sentent « dans le mauvais corps ». Décryptage par Christian Flavigny, pédopsychiatre et psychanalyste, qui vient de publier La France écartelée. Entre américanisation et islamisation (Téqui, 2026).


Une étude en Finlande a suivi pendant 25 ans des adolescents présentant une dysphorie de genre. Ces travaux viennent d’être publiés par des chercheurs finlandais, dont la professeure Riittakerttu Kaltiala de l’hôpital universitaire de Tampere. Quels sont les principaux enseignements de cette étude ?

Cette étude est de grande importance par sa rigueur méthodologique et par le recul pris avant la publication des résultats : elle couvre une période de 25 années de recueil de données et de suivi des jeunes (1996-2019). Sa conclusion principale est que la souffrance exprimée par les jeunes concernés d’être « dans le mauvais corps » n’a en rien été soulagée par la démarche médico-chirurgicale dite « de réassignation de genre ».

Or, c’était l’argument asséné pour justifier que des méthodes appliquées aux adultes transgenres soient entreprises dès l’adolescence, voire l’enfance, au prétexte d’éviter de laisser les jeunes dans leur souffrance. Le maître-argument était de mettre à profit leur jeune âge en faveur de supposés meilleurs résultats médico-chirurgicaux, afin de circonvenir les risques que leur désespoir les mène au suicide.

L’étude montre que ces arguments étaient fallacieux. Elle souligne que la plainte faisant à ces jeunes « se sentir de l’autre sexe » masque fréquemment d’autres souffrances voire troubles psychiatriques, ce qu’avait déjà souligné des études antérieures, en particulier le rapport Cass, évaluation indépendante commanditée par le NHS de Grande-Bretagne et publié sous la direction du docteur Hillary Cass en 2024.

Sur quelles bases médicales et psychologiques est conçue la « réassignations de genre » ?

La « réassignation de genre » a été entreprise selon des techniques médico-chirurgicales, depuis environ un siècle, avec un fort développement dans la seconde moitié du vingtième siècle. Mais cela ne concernait que les personnes adultes. Puis la question advint de les appliquer aux enfants et adolescents. Cela a commencé aux Pays-Bas avec le Dutch Protocol, une approche se voulant « pragmatique », gelant l’émergence de la puberté à la raison de laisser le temps de définir dans quel sens s’établissait l’« identité sexuée » : elle recourait à des médicaments connus pour la bloquer (antérieurement utilisés dans un autre contexte médical), puis à des hormones sexualisant au rebours de celles sécrétées par le corps.

Cette démarche « empirique » résultait de l’influence d’un courant militant émanant des États-Unis. Celui-ci avait recouru à la notion de gender (en français mal traduit par “genre”, notion née de travaux pédopsychiatriques sur les enfants « intersexes », nés avec une conformation corporelle qui pour des raisons de malformation avaient mené à la reconnaissance erronée de leur sexe à la naissance, donc des enfants XX tenus pour être des garçons, et l’inverse). Cette possible mais exceptionnelle attribution erronée fut tenue par ce courant militant pour attester d’une menace pesant sur toute « attribution de sexe » : elle serait une « assignation de genre », soumise à l’erreur d’attribution, voire à un arbitraire des parents. Il en a découlé la réclamation de l’« autodétermination de genre » pour tous et à tout âge (conformément au principe nord-américain de « ne pas discriminer selon l’âge »), seul critère estimé valide – la réalité corporelle passant au second plan après le « ressenti ». C’était omettre que le sexe corporel est constaté à la naissance et non pas assigné. La démarche inférait une violence primordiale faite à tout enfant par cette désignation sexuée, justifiant de « réassigner » dès l’enfance et l’adolescence.

Que faut-il entendre par le « ressenti » ?

Comment expliquer ce « ressenti » d’être « dans le mauvais corps » ? Dans la culture nord-américaine normative, il s’imposait, pour faire socialement accepter « sa différence », qu’elle soit due au corps – sous-entendu, l’intéressé en est la victime. Cela coupait court à la discrimination, celle qui avait été durement endurée par les personnes homosexuelles : une erreur « de la nature » rendait compte de la situation « transgenre ». Le terme de « dysphorie de genre » décrivit un état de souffrance manifestée dès le jeune âge : il n’a pas de valeur explicative mais était une façon d’imposer qu’il s’agit d’une problématique corporelle – et à problématique corporelle, solution corporelle. Le courant « trans-affirmatif » en déduisait la réclamation de la « réassignation pour tous » dès l’enfance. La prémisse du raisonnement était fausse, mais la conclusion s’ensuivait.

Que change concrètement cette étude pour la prise en charge des adolescents en « dysphorie de genre » ? Et quel type de prise en charge recommanderiez-vous pour ces jeunes, au-delà de la seule réponse médicale liée au genre ?

L’étude finlandaise conforte que la « réassignation » appliquée aux enfants et aux adolescents est le leurre d’un soulagement de leur sentiment de se sentir de l’autre sexe. Elle souligne l’augmentation exponentielle du nombre de jeunes se disant souffrir de « dysphorie de genre », elle pointe l’inversion en quelques années du « sex-ratio » garçons-filles, elle mentionne le nombre croissant d’entre eux regrettant d’avoir été soumis à « la transition ».

Elle confirme en outre le manque de rigueur des études portant sur les résultats des réassignations d’enfants et d’adolescents, désormais confirmé – jusqu’à des falsifications de résultats. Elle valide que la démarche médico-chirurgicale est pour les jeunes mineurs soit inappropriée (quand d’autres soins sont justifiés, notamment psychiatriques), soit prématurée.

La contestation de la réassignation des enfants et des adolescents, désormais engagée en France, en Europe et aux États-Unis, formule une critique à la fois scientifique et éthique à l’égard de la pratique médicale. D’autant que la culture psychologique française a montré comment la « transition » constituait auprès de jeunes le leurre d’un soulagement à leur désarroi : ils n’ont pas atteint la maturité nécessaire pour en apprécier les enjeux et les conséquences à terme.

On peut estimer qu’une telle appréciation requiert la maturité adulte (disons, l’âge de 25 ans). Car il n’y a jamais « transition vers l’autre sexe » mais adaptation des apparences du corps sexué à celles de l’autre sexe. Les jeunes sont happés dans une illusion : il n’y a jamais changement de sexe, d’où résulte que la proposition de loi votée par le Sénat en 2024 requérant d’interdire l’approche médico-chirurgicale sur les mineurs, vise leur protection à l’égard d’une utopie qu’ils ne peuvent détecter.

L’approche psychoaffective doit être la seule recommandée. Outre qu’elle repère d’éventuels troubles que la plainte « transgenre » ne fait que masquer, surtout elle repose sur une compréhension de l’« angoisse de sexuation pubertaire » qui est en jeu. Elle démêle la constitution psychique de la sexuation, en associant les parents et leur enfant, sans que ni les parents, ni l’enfant ou l’adolescent, soient tenus pour responsables du désarroi manifesté. Cette approche est connue de longue date des professionnels français.