Nouveaux parcs éoliens belges en mer du Nord, un investissement justifié ?

Jean-Pierre Schaeken Willemaers, directeur de recherche à l’Institut Thomas More

4 juin 2026 • Contrepoints • Analyse •


La Belgique a l’intention de construire trois nouveaux parcs éoliens dans la zone princesse Elisabeth en mer du Nord, d’une puissance totale de 3,5 GW : Noordhinder nord de 700 MW ; Noordhinder sud de maximum 1400 MW ; Fairy bank de maximum 1400 MW.

Ces capacités viendront s’ajouter aux 2200 MW existants, soit une puissance globale de 5700 MW.

Parallèlement à ce projet, il est prévu de construire une île énergétique à 45 km des côtes belges. Elle servira de hub électrique regroupant les câbles sous-marins des parcs éoliens en mer du Nord pour un transport unique du courant électrique (continu) vers le continent.

Le coût du premier des projets précités est estimé à 2,7 milliards d’euros et celui de l’île de 7 à 8 milliards d’euros au lieu des 2,2 milliards prévus initialement. Pour réduire l’investissement dans cette dernière, le gouvernement a décidé de supprimer l’infrastructure à courant continu (une partie des interconnexions internationales), une économie de trois milliards d’euros.

Il n’en reste pas moins que le total des dépenses reste très élevé. C’est la raison pour laquelle l’appel d’offres relatif au projet de 700 MW a été annulé en juin 2025 afin de disposer du temps nécessaire à l’élaboration d’une approche financière plus solide et l’adaptation du cadre réglementaire. Il serait relancé au printemps 2026, ce qui reporte la mise en service de ce parc au-delà de 2030, tandis que les travaux de construction de l’île énergétique se poursuivent ! Ne serait-il pas pertinent de suspendre les travaux relatifs à cette dernière jusqu’à la concrétisation de la commande du parc éolien ?

En outre, ces investissements affectent l’environnement : les impacts sur la vie marine, notamment sur la faune marine par les nuisances sonores dues au battage des pieux et sur les habitats par la pause des câbles endommageant les fonds marins ainsi que les risques pour les activités humaines et la sécurité tels que la réduction des zones de pêche accessibles (inquiétude majeure pour le secteur) et les collisions de navires avec les infrastructures lors des tempêtes.

Aux aléas susmentionnés, viennent s’ajouter les dépôts de bilan de nombreux équipementiers européens (avec les pertes d’emplois qu’ils impliquent), ce qui rend les Belges dépendants des fabricants chinois de composants d’éoliennes.

Entre 2025 et 2026, plusieurs grandes entreprises énergétiques ont réduit, voire renoncé aux investissements dans l’éolien offshore en raison d’un manque de rentabilité dû à la hausse des taux d’intérêt, à la désorganisation des chaînes d’approvisionnement, à l’inflation et aux incertitudes réglementaires. C’est le cas, entre autres, du  japonais Mitsubishi qui a annoncé fin août 2025 son retrait de trois projets en mer trop coûteux dans un environnement économique difficile, du danois Oersted qui a abandonné le projet Hornsea 4 en GB, de Shell qui s’est retiré de projets notamment en mer du Nord pour se concentrer sur des projets à rendements plus élevés, du danois Vestas qui a suspendu la construction d’une usine en Pologne fin 2025, invoquant une faible demande en éolien offshore et de BP pour se recentrer sur ses activités fossiles.

Le développement vert tant vanté par les médias n’a pas atteint les résultats escomptés, entre autres, parce que l’électrification des usages dans les transports (véhicules électriques, etc.) et le bâti est beaucoup plus lente que prévue.

Pourquoi, dès lors, la Belgique s’entête-t-elle à promouvoir l’éolien en mer, d’autant plus que les petits réacteurs nucléaire (SMR) sont en voie d’être commercialisés et offrent des conditions d’exploitation nettement plus avantageuses : une production continue d’énergie verte, à prix modéré au-delà d’un nombre suffisant d’unités fabriquées, une sécurité élevée et une contribution à la stabilité du réseau ? Dans l’intervalle, la production thermique d’électricité peut assurer une transition économique.