14 juin 2026 • Le Figaro • Opinion •
Les manifestations en réaction au meurtre de Lyhanna s’inscrivent dans le continuum d’un processus salutaire commencé au XIXe siècle, que l’historien Olivier Grenouilleau a appelé « la grande moralisation du monde », analyse la philosophe.
La France est coutumière des manifestations et des indignations. Mais cette fois la colère est différente. Les manifestations et l’ampleur des propos scandalisés pour réagir au meurtre de Lyhanna ne sont pas du même ordre que d’habitude. D’ailleurs, le gouvernement n’a pas osé traiter les manifestants comme des malfrats qu’on écrabouille, ainsi qu’il l’avait fait avec les « gilets jaunes ». Ici les gouvernants restent pantois, et se mettent à ramper avec un air de honte. C’est qu’on ne parle pas d’une bavure quelconque ou d’une négligence même coupable. On parle d’insouciance et même de frivolité de la justice devant un mal considéré – enfin ! – comme intolérable. Lorsque les mères et pères de famille descendent dans la rue en tant que tels, alors il y a danger de mort pour les gouvernants : car c’est l’essentiel qui est en cause. Si j’avais un enfant abusé et menacé encore et encore par un prédateur avéré dont la justice dédaigne de s’occuper, je serais prêt à aller le supprimer moi-même quitte à prendre vingt ans de prison : voilà ce que pensent à présent nombre de nos concitoyens. Nos gouvernants devraient arrêter avec les belles paroles stériles et savoir que cette fois, il en va de leur propre carcasse.