Juillet 2026 • Note d’actualité 102 •
Réuni à Ankara, les 7 et 8 juillet 2026, le sommet de l’OTAN sera un moment important dans la négociation du nécessaire « partage du fardeau » entre les deux rives de l’Atlantique Nord. En dernière analyse, la question de l’OTAN est celle de l’Amérique, de son rôle dans le monde, de la volonté et de la capacité des Américains à renouveler leur hégémonie, dont l’avènement a permis de donner force et substance à l’Occident, sur le plan de la stratégie et de la géopolitique. Soit la sauvegarde de l’essentiel ouvrira la possibilité théorique d’un nouveau siècle occidental, soit la désunion clôturera le très long cycle historique qui vit une petite partie des terres émergées découvrir le monde entier et étendre sa civilisation outre-mer, donnant ainsi naissance à l’Occident global.

Depuis son entrée en fonction comme président des États-Unis, le 20 janvier 2025, cela pour la seconde fois, Donald Trump est écartelé entre des choix idéologiques et des options géopolitiques contradictoires. Comment concilier la thématique néo-isolationniste du « grand retranchement » et la primauté de la puissance américaine dans le monde ? Le protectionnisme est-il conciliable avec la perpétuation du rôle mondial du dollar ? En vérité, peut-on parler d’une grande stratégie pensée, conçue et conduite par cette nouvelle Administration Trump ? Question subsidiaire : faut-il considérer qu’il existerait un « Empire américain » dans un monde partagé entre les États-Unis, la Russie et la Chine (un monde de « Grands-Espaces ») ?
Cette problématique concerne au premier chef les alliés européens des États-Unis, pour le moins circonspects : des alliés à maints égards dépendants des choix ou des non-choix opérés à Washington. Un an et demi après le retour au pouvoir officiel de Donald Trump (son influence politique s’exerce dès avant l’investiture présidentielle), l’hypothèque d’un isolationnisme pur et simple est apparemment levée, encore que cela pourrait être le point de chute d’une action internationale passablement désordonnée. De fait, la mise en scène de l’hyperpuissance ne saurait dissimuler l’incertitude quant à l’état final recherché, voire l’inefficience de la diplomatie trumpiste et des interventions extérieures des États-Unis. Tout n’est pas encore joué mais la mise en œuvre de la grande stratégie énoncée par les documents officiels (la Stratégie de Sécurité nationale 2025) ne convainc pas. Que les ricaneurs se retiennent : les conséquences pour l’Europe, et plus largement pour le « Monde libre », pourraient être désastreuses. Aussi s’agit-il d’établir les termes du débat pour tenter ensuite de poser un diagnostic géopolitique inévitablement provisoire et incertain. Une question centrale : l’Occident survivra-t-il ?
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L’auteur
Jean-Sylvestre Mongrenier est directeur de recherche à l’Institut Thomas More. Titulaire d’une licence d’histoire-géographie, d’une maîtrise de sciences politiques, d’un DEA en géographie-géopolitique et docteur en géopolitique, il est professeur agrégé d’Histoire-Géographie et chercheur à l’Institut Français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis). Il est conférencier titulaire à l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale, Paris), dont il est ancien auditeur et où il a reçu le Prix Scientifique 2007 pour sa thèse sur Les enjeux géopolitiques du projet français de défense européenne. Officier de réserve de la Marine nationale, il est rattaché au Centre d’Enseignement Supérieur de la Marine (CESM), à l’École Militaire. Auteur d’une dizaine de livres, il vient de publier le Dictionnaire géopolitique du monde occidental (PUF, 2026) • |
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