30 septembre 2026 • Les Echos • Opinion •
« Ce n’est pas le moment… mais ma volonté de le faire demeure. » Le pas de deux esquissé récemment par Marine Le Pen autour d’une possible sortie de la France de l’Otan vient rappeler un clivage important dans l’opinion qui pourrait rapidement s’inviter dans la campagne présidentielle.
Une large majorité d’électeurs français soutient aujourd’hui des partis politiques qui affirment qu’une fois leur arrivée au pouvoir, la France quittera la structure de commandement intégrée de l’OTAN. Comme le général De Gaulle en 1966. Pour affirmer la souveraineté de son armée et refuser de s’aligner sur une alliance américaine. Mais 2026 n’est pas 1966. La France n’est plus la même, la menace n’est plus la même. Soixante ans plus tard, le choc diplomatique et militaire que provoquerait une telle décision se traduirait aussitôt par une perte d’influence sans précédent.
A l’heure où les Européens se réarment péniblement mais sûrement, où les États-Unis se détachent d’eux un peu plus chaque jour et où la Russie redouble d’agressivité dans sa guerre, cette tentation dogmatique de la sortie de l’Alliance a tout de la crise larvée à six mois du scrutin présidentiel. Elle est surtout pétrie de contradictions qui témoignent d’une méconnaissance coupable des enjeux chez ses promoteurs.
Comment la France peut-elle prétendre vouloir peser en Europe si elle quitte la structure qui incarne pour tous les Européens la clé de leur sécurité ? Comment éviter le décrochage technologique de nos armées si, à l’heure de l’IA, nos militaires abandonnent les architectures digitales de commandement alliées où se dessine le combat du futur ?
Certes, quitter la structure de commandement intégré n’est pas quitter l’Alliance. Mais là encore réside une contradiction puisque le commandement de nos forces sera alors confié à des militaires alliés avec lesquels elles n’échangeront plus. Conséquence immédiate : les 780 officiers français qui siègent actuellement au sein des différents états-majors auront à quitter leurs postes. Un départ qui liquiderait tout le capital de confiance acquis patiemment depuis le retour français au sein du commandement en 2009.
Les pilotes de Rafale, qui survolent actuellement la Baltique au sein des forces de l’OTAN face aux forces russes, devront solliciter des accords au cas par cas pour éventuellement continuer à bénéficier des données de combat alliées. Marginalisés, ils n’auront plus accès aux briefings de renseignements. L’amiral français Pierre Vandier, Commandant Allié de la Transformation de l’Alliance, devra lui aussi quitter ses fonctions. Ce poste prestigieux de quasi-numéro deux – réservé à un Français depuis 2009 – pourrait alors échoir à un représentant de la puissance montante au sein de l’Alliance, l’Allemagne.
Cette position est pourtant stratégique pour tenter de faire adopter par l’OTAN des solutions digitales européennes en complément des tout-puissants logiciels de combat américains. Paris (les partisans du retrait le savent-ils ?) est le deuxième pays fournisseur de l’Alliance dans le domaine du digital. La douche serait glacée pour nos industriels.
Enfin, si depuis le 1er juillet la France commande pour un an les composantes terrestre et aérienne de l’Allied Reaction Force elle devra, là encore, renoncer à ce type de pouvoir militaire multinational.
La leçon de la première sortie de l’OTAN (1966-2009) est sans appel : la France pèse davantage à l’intérieur qu’à l’extérieur. C’est son rôle au sein de l’OTAN qui lui confère aujourd’hui sa puissance militaire. Elle y a même davantage de pouvoir qu’au sein des instances européennes puisqu’en vertu de la règle de l’unanimité, elle peut dire non et décide souverainement de l’engagement de ses forces.
Quels bénéfices retirerait-elle d’un retrait ? Aucun, si ce n’est une maigre satisfaction politique propre à satisfaire des souverainistes qui confondent anti-américanisme et anti-OTAN. Bien sûr, l’OTAN reste une redoutable machine américaine, culturellement et opérationnellement. Mais il n’y a pas à ce jour dans le monde d’alliance militaire plus aboutie. Les Européens en manque de capacités ne peuvent se passer de l’appui américain pour encore au moins dix ans, minimum. L’urgence est au réarmement, pas au désengagement.
De plus, la récente attribution de commandements stratégiques otaniens aux Européens témoignent d’une volonté de faire émerger en son sein le fameux « pilier européen » voulu par la France. Mauvais moment donc pour une sortie.
Face à cette ultime contradiction, le désaveu de nos alliés Européens serait unanime. Ils dénonceront l’évident manque de cohérence des Français et ne se priveront pas de fustiger le somptueux cadeau fait à un certain Vladimir Poutine.
