Verts · Même si Jadot l’emportait, le programme du parti, lui, est radical

Jean-Thomas Lesueur, délégué général de l’Institut Thomas More

21 septembre 2021 • Opinion •


Près de 70 % des électeurs de la primaire écologiste ont voté, au premier tour, pour des candidats aux thèses extrêmes, fait valoir Jean-Thomas Lesueur, qui vient de publier la note « Idées fausses, idées folles : une analyse du projet des Verts pour 2022 ».


Pour prévisible qu’il ait été, le résultat du premier tour de la primaire écologiste n’en est pas moins significatif et spectaculaire. Significatif car Yannick Jadot, présenté comme le candidat de la raison et de la mesure, réalise un petit 27,7% (et Jean Marc Governatori, tenant d’une « écologie centriste », n’obtient qu’un infinitésimal 2,35%). Spectaculaire car Sandrine Rousseau, candidate du wokisme intégral, n’est que deux petits points et demi derrière Jadot (25,14%). Même si, avec 22,3% chacun, Delphine Batho et Éric Piolle n’appellent pas à voter pour elle au second tour, on peut considérer que l’idéologie de la décroissance, du multiculturalisme et des luttes intersectionnelles, pèse, dans ses nuances, pour près de 70% dans le parti.

Ce résultat massif consacre donc Europe Écologie-Les Verts (EELV) comme le parti woke du paysage politique. Si La France insoumise a pu lui contester un temps ce titre, les écologistes ont pris une nette longueur d’avance. Quant à ceux qui voyaient en Jadot et en sa ligne d’un « écologisme de gouvernement » les signes d’un parti devenu enfin adulte, ils s’interrogent. Le scénario « à l’allemande » d’un parti Vert à 20 % et prêt à gouverner (dans le cadre d’une alliance) n’est selon toute vraisemblance pas pour demain.

Cette puissance de la radicalité est d’abord le fruit de la fragmentation de l’offre politique et de la crise démocratique – qui poussent tous les camps au durcissement et à l’agressivité. Elle est, ensuite, l’aboutissement de l’histoire même d’EELV, dont les racines trotskistes et gauchistes sont avérées, même si d’autres courants existent en son sein. Cette victoire est enfin, et peut-être surtout, le résultat de la montée en puissance impressionnante des idées de la déconstruction dans les mondes universitaire, culturel et médiatique de ces dernières années – rendue possible par des années de renoncements autant politiques qu’intellectuels, mais surtout par la mutation anthropologique qui travaille les sociétés occidentales.

Cette radicalité était toute contenue dans le programme présidentiel adopté par EELV lors de ses journées d’été en août. Peu d’observateurs ont eu le courage de se plonger dans ces 83 pages. S’ils l’avaient fait, ils auraient compris à quel point ce ne sont pas quelques personnalités mais une nette majorité du parti qui a basculé dans un wokisme assumé et cohérent.

Sur les sujets écologiques, outre les positions maximalistes sur la fin du nucléaire et la promotion à tous crins de l’éolien, le programme est dominé par les thèses antispécistes de la reconnaissance des « droits du vivant » et de la création d’une personnalité juridique « animale » ou « non humaine ». Les conséquences sont considérables sur l’agriculture, l’élevage, l’alimentation, la chasse et le rapport à la nature dans son ensemble, dont les arbres et les forêts.

Sur le plan sociétal, alors que la légalisation de la GPA n’est sans doute plus qu’une affaire de temps, le parti s’engage à fond sur les droits des « personnes trans et intersexes », y compris les enfants. Les services publics, à commencer par l’école, devraient se mettre au diapason, avec « la formation initiale et continue sur les questions de LGBTI+ » obligatoire pour les agents publics.

Sur l’islam, mot absent du programme, EELV, dont on sait à quel point il est travaillé par l’islamo-gauchisme (notamment sur le plan local), propose une vision angélique de la laïcité, qui doit favoriser « l’apaisement et le vivre ensemble », et victimaire de l’islam, puisqu’il se contente de lutter contre « les amalgames destructeurs qui stigmatisent les populations de culture musulmane ». Sur l’immigration, les thèses sans-frontiéristes dominent : régularisation systématique des « travailleurs sans-papiers », élargissement du regroupement familial, droit de vote des étrangers aux élections locales, fin de la rétention administrative et des expulsions des illégaux, facilitation de l’asile, accueil sans nuances des « mineurs non accompagnés », etc.

On pourrait poursuivre longtemps, sur les questions éducatives et culturelles, pour montrer avec quelle force « l’ivresse de la table rase », selon la formule de Bérénice Levet, a saisi les Verts. D’aucuns se rassureront en expliquant que ces idées ne sont le fait que d’une petite minorité d’urbains déconnectés, que les « vrais gens » sont à cent lieues de tout cela.

Certes. Mais ce sont les minorités qui font l’histoire. C’est aussi ne pas prendre la mesure du capital d’adhésion dont jouit la cause environnementale, en particulier dans une partie de la jeunesse, et dont profitent les déconstructeurs pour faire avancer le reste de leur programme. C’est enfin, garder les « yeux grand fermés » sur les humeurs noires qui travaillent nos sociétés occidentales. Tout ordre politique est porteur d’une éthique. Et celui désiré par les Verts est aussi inquiétant que désespérant.