Pluralisme et neutralité · L’audiovisuel public en déficit

Aymeric de Lamotte, directeur général adjoint de l’Institut Thomas More

Février 2026 • Rapport 35 •


L’Institut Thomas More publie un rapport inédit à propos de l’audiovisuel public français. Réalisé au moyen de l’intelligence artificielle, l’analyse couvre 2 000 heures de programmes de sept chaînes de France Télévisions et Radio France sur une période de trois mois. Sous un vernis de pluralisme, le rapport révèle la présence de biais éditoriaux manifestes.

L’Institut approfondit sa recherche en l’inscrivant à la suite de deux études, l’une publiée en mai 2024 et l’autre en novembre 2025, concernant uniquement les matinales de Radio France. Ce rapport est publié en pleine commission d’enquête parlementaire sur le sujet où ces questions de pluralisme et neutralité sont scrutées à la loupe. L’IA est un champ de recherche nouveau et perfectible mais, en se fondant sur un nombre incalculable de connaissances, celle-ci produit des résultats neutres, fiables et débarrassés des biais et affects personnels humains.

Une analyse inédite, fondée sur l’intelligence artificielle

7 chaînes du service public analysées : 3 chaînes de radio (France Inter, France Culture, France Info) et 4 chaînes de télévision (France 2, France 3, France 5, France Info TV). 3 mois d’analyse (de septembre à novembre 2025). Plus de 2 000 heures de programmes et 7 053 émissions et chroniques analysées par IA. 29 905 mentions de personnalités ou de formations politiques.

Une hostilité générale marquée à l’égard du personnel politique mais avec des nuances

Près d’une mention sur deux envers des partis ou personnalités politiques est négative, et seules 17 % des mentions sont positives. La majorité présidentielle et la droite sont surexposées par rapport à leur représentation parlementaire mais souvent critiqués. Les partis radicaux de gauche et de droite sont sous-représentés médiatiquement et reçoivent les traitements les plus hostiles. La gauche modérée et les écologistes bénéficient d’un traitement plus indulgent et de nombreuses personnalités bien notées viennent de ces familles politiques.

Un biais éditorial en faveur d’un angle de centre-gauche

Globalement, le service public présente un biais éditorial en faveur d’un angle de centre-gauche et 57 % des émissions et chroniques présentent une orientation idéologique clairement marquée à gauche, contre seulement 16 % orientées à droite. Sur 37 émissions analysées, 30 sont marquées à gauche – parfois fortement, comme C Politique sur France 5 et Complément d’Enquête sur France 2 – pour seulement 7 marquées à droite – Questions Politiques a une note fortement marquée à droite parce que plusieurs entretiens de personnalités de droite ont été massivement rediffusés la nuit entre 2h et 5h du matin.

Un agenda thématique proche des priorités des sympathisants du centre et des écologistes

Le choix des thématiques ne reflète pas toujours les priorités des Français : les conflits internationaux et la lutte contre le dérèglement climatique sont, par exemple, surreprésentés. L’agenda thématique est plus proche des priorités des sympathisants du centre et des écologistes que de celles des électeurs des partis Les Républicains, du Rassemblement national et de La France insoumise. 14 des 19 thématiques observées présentent un biais éditorial de gauche – parfois très marqué, comme la lutte contre la précarité et l’amélioration de la situation dans les banlieues – tandis que quelques-unes d’entre elles, plus techniques ou institutionnelles, restent pluralistes. Cette orientation diverge parfois fortement des attentes de l’opinion sur des sujets sensibles accentuant la perception d’un décalage.

Un problème de pluralisme substantiel

L’analyse combinée de la fréquence, de l’orientation politique du traitement, de l’orientation politique des programmes et de l’orientation éditoriale met en évidence un déséquilibre relevant du pluralisme substantiel plutôt que du pluralisme formel. Autrement dit, certains angles et choix éditoriaux favorisent structurellement certaines visions du monde ou grilles de lecture tandis que d’autres, plus libérales ou conservatrices, sont reléguées à des positions défensives ou sont systématiquement problématisées.

Un besoin d’introspection et de réforme

Il apparaît cependant que la pertinence des critiques, de plus en plus étayées et de plus en plus nombreuses, ne suffise pas à ébranler les certitudes des dirigeants de l’audiovisuel public français. Sauf que la défiance croît au sein de la population et que l’incapacité d’introspection alimente les rangs des contestataires. À droite de l’échiquier politique, l’appel à sa privatisation se fait de plus en plus entendre. Le concept de neutralité est même considéré par certains comme un vœux pieu, inatteignable. Le refus obstiné, voire idéologique, de reconnaître un problème tend à conforter cette critique. Une salutaire introspection qui serait suivie d’une réforme en profondeur garantissant effectivement un pluralisme réel permettrait de débuter une réconciliation.

Le rapport

Téléchargez les prompts d’analyses (PDF)

Téléchargez le tableau des données sources (Excel)

Téléchargez le relevé de durée totale des émissions (Excel)

Le site dédié

L’auteur

Aymeric de Lamotte est directeur général adjoint de l’Institut Thomas More. Titulaire d’un Master en droit européen et international de la Katholieke Universiteit Leuven et d’un Master spécialisé en droit économique des universités de Gand, Bologne et Varsovie (un programme de l’Union européenne, Erasmus Mundus), il est avocat au barreau de Bruxelles depuis 2015. Il défend, entre autres, de nombreuses personnes physiques et morales qui luttent contre le wokisme (décolonialisme, culture de l’annulation, théorie du genre, etc.) en Belgique francophone. Il écrit régulièrement dans la presse belge et française, notamment dans La Libre et Le Figaro. Il dirige Justitia, le collectif d’avocats de l’Institut Thomas More qui offre une réponse juridique aux nouvelles intolérances